I.AMIN.NVIS l.liillUi. Il III Vol l IlltW Mit
conimo la sagesse le rousoillail, ce n'eùi été qu'aux «lépons <l»' la sincérité. Il ne s'agit pas «le condainiier «eux (jui ont pris une autre route (|ii(> lui, et qui ont laissé un nom piir et une nié-nioirc des plus respectables ; mais Lamennais était une àiiie aiiti-t'ineiit profonde. Croire à demi lui étail iinjiossible. Los preinicres assises emportées, il vit, comme le (lisait plus tard Joiiflroy, • qu'il ne restait plus rien qui iVil dtlxiiil . Sans doute il ciit jtii im-tlre moins de violence l't moins de haine dans sa d(M laralion d'indépendance. Mais tout ceux (|iii ont mis leur toi dans la liberté de l'espiil liiMiiaiii ne pi-iivcnt a\oii' trop «le respect et «le compassion pour les «louleurs de ce |;raii«l Proiuélhée enchaîné et déchann-.
Mais nous n'en s«)niiiies |)as en«dre au moment tragique de la crise ; nous ne sommes «|u'au début, «laiis la période de l'audace et de l'espoir. C'était h» m«)mcnt oii, avec ses jeunes amis, I.ac«irdaire, M«»ntalembert. L'abbé Gerbel, Lamennais fon«lait le j«)urnal l'An'iiir, vers la fin de 1830. (Jiielle allait être l'altitude «le ce nouveau journal ? Dans s«)n premier article «roct«d)ri', Lamennais exposait l'esprit de cette publication. Dans la «lissolution universelle, il ne reste que deux principes debout : Dieu et la liberté. Unissez ces deux principes, el les deux grands besoins del'àme seront satisfaits. Jus«|u'ici les catholiques se sont défiés de la liberti', parce «|u'elle était défendue par une philosophie impie ; mais ««'Ile philosophie elle-même n'était impie que parce que la reliiiion s'était associée au despotisme. On combattait la reliition pour combattre l'absolutisme ; mais le vrai christianisme, le christianisme compris dans son essence el dans son esprit, n'était pas incompatible avec
la liberté, car il en est la base. La liberté a besoin du catholicisme pour fonder le droit sur quelque chose de divin, et les catholiques ont besoin de la liberté pour répandre leurs doctrines. Toutes les grandes forces sociales ayant été l'une après l'autre minées et ruinées, la liberté individuelle) la liberté de tous, est la seule garantie possible. Donc point d'autre issu»; que l'alliance de la liberté et de l'Église. Liberté par l'Église, mais aussi liberté pour l'Église, voilà la formule nouvelle que venait proposer l'abbé de Lamennais. Ni l'un ni l'autre ne seront possibles tant que l'Église restera enchaînée au pouvoir civil. En principe, sans doute, l'Église et l'État ne doivent faire qu'un : il n'y a qu'une société. Mais pour qu'une telle société existe, il faut une croyance commune et des principes acceptés. Mais si les croyances sont divisées, si les principes sont mis en question, comme aujourd'hui, aucune de ces croyances, aucun de ces principes ne peut prétendre à absorber en sa faveur la force de l'État pour l'imposer aux autres. Cet emploi de la force retarde le triomphe de la vérité au lieu de l'accélérer. La violence profane le sanctuaire de l'âme. L'Église elle-même, dans cette union, fait un marché de dupes ; car pour s'assurer l'empire, elle perd sa propre liberté. Lamennais donc proposait comme remède ce que l'on appelle aujourd'hui « la séparation de l'Église et de l'État ». Cette formule, depuis si célèbre, lui appartient. C'est lui qui, le premier, l'a introduite dans la controverse politique. C'est la formule que M. de Cavour a reprise en la traduisant en ces termes : l'Église libre dans l'État libre (1).
(1) Cette formule de Cavour peut bien s'entendre même d'un pays où
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Ainsi, cette tlirsc de la séparution , soiilciiiie aujourd'hui par les (•(•(lies radicales les plus (»pp()s(-(>s au clirislialiisuie et par liaiuc du (-lirislianisni(>, a (.-tt* priinitiveineiit l'iliveulinn du parti ('atliidi(|Ui', ou du moins do lu portion du ce parti ipii n(.' voyait plus de saint ponr l'h^ttlise que dans la liberté. Suivant Lamennais, la S(-paration des denx puissances est la (dns(-(|U('nc(' de la liberlt* de ( onscienee. Ou l'Ktal protège l'h^glisc, ou il l'opprinic ; dau^ les deux cas, il y a vi(dalion de la lihcrtt*. Si rKjilise (»b('jl, elle es! suspecte de servilit('- ; si elle résiste, de n-belliun. Cunune eousé(|uence de celte réforme, Lamennais demande que le gouvoruemeni ne soit plus riiii dans le ( hoix des év("'<|ues ni des curés, qu'il ne se rnéle ni du culte, ni de l'ensei-tnenient, ni de la discipline, (|ue la liberté de conininnicalion avec Home soit entière. An fond, il s'agit d'instiiuer un gouvernement eu face des gouvernenicns, et, comme ou disait autrefois, un Klat dans l'h^lal. Les avantajies pour l'L^lise selon Lamennais, seraient bien supérieurs aux iu( iiiivéniens. Le seul sacrifice que l'Église aurait à faire enconipeusation serait le sacrifice du salaire des prêtres. Mais ce salaire est contraire à leur dignité et ù l(Mir ind('pen(lance. Ils achètent leur subsistance par l'abandon de leur libiMit-. H ailleurs. (|u'y a-t-il à craindre ? La charité viendrait un secours du sacerdoce, connue elle le fait en Irlande, dans ce pays de pauvreté et in(*'nie de détresse, et où ce|iendanl les pauvres aiment mieux tout Souffrir que de laisser leur clergé sans ressources. Enfin, il faut revenir au ( lirislianisme primitif. pau>re, nu, se re-
il exi>li' un clcii}(} salarié ; niais prise à la rigueur, clic conduit à la sèparatiuu.
crulanl parmi les faibles et les misérables, donnant lexeniple du sacrifice et de l'humilité ; à ce prix, le christianisme peut espérer un avenir nouveau de gloire et de renaissance. Telle est l'idée fondamentale du journal l'Avenir, idée qui, conçue d'abord dans l'intérêt du catholicisme, a été plus tard retournée contre lui. Ce n'est pas le lieu de juger cettç conception. Ce n'en est pas moins un grand honneur pour Lamennais et son école d'avoir introduit dans la question si complexe des rapports de l'Église et de l'État une solution nouvelle, qu'il appartient à l'avenir de mûrir et de mitiger.
Indépendamment de cette thèse extrême et radicale, qui peut être sujette à discussion, VAvenir posait les bases d'une réconciliation entre l'Église et la liberté. Voici quelles étaient les bases de cette sorte de traité de paix ; I. Nous restons catholiques liés à l'unité et à la hiérarchie ; II. Nous repoussons les doctrines gallicanes ; III. Nous demandons toutes les libertés, notamment la liberté de conscience, la liberté d'enseignement, la liberté de la presse, la liberté d'association ; IV et V. Enfin, nous demandons l'extension des droits de suftrage et la suppression de la centralisation.
Si nous cherchons ce que le parti catholique apportait de nouveau dans ce catalogue de libertés, ce qu'il ajoutait à nos anciennes déclarations de droit et aux principes de 1789, nous trouvons surtout deux libertés nouvelles que le libéralisme ne revendiquait que rarement parce qu'il croyait y voir une arme contre la révolution plutôt qu'une consé(iueuce de cette révolution même. Ce sont la liberté dcnseluncment et la liberté d'association. En etfet,
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I l.lal iiiii(li-i lie >'('laiil :ilViaii( lii (le rK$;lisi> a d'abord pris ses pi't'-caiilioiis roiilii- elle, en se rcs»'i\;ml rciisci^iiiciin'iit t'I rii lui l't't'ioaiil le droit (russucialioii.C'ependaiil l'K^liso a II- plus liaiii iiil<-rrl à ('(>s deux libertés ; c'est à elle qu'il appartenait de les réclaint-r : car ou iir réclame en génélal que les libertés dont ou a besoin pour soi-niéine. Il t'aul donc (eu partie du uioiiis et sans un-conuaitre les réclauialions antéritMiics) rallat lier au jouiiiai rAn-nir l'origine de ces deux grandes questions. LMj'e«/r abordait en outre la question de la souveraineté, et s'appuyant sur la tradiiiou tbéologique, il se prononçait pour la souverai- !ieté du peuple. C/é-lail. m rlVcl, la (loi Iriii*' de saint riioiuas d".\(|Min et tlf la plupart des seolastiques. C'est, au coulraire, dans l'écide des légistes, des dét'(Miseurs du |)Ouvnir laï(|ne contre les prétentions sacerdotales, (|Uf l.i dm irim- niodfrnr du droit divin et du potnoir absolu a pris naissance. Kntin, pour ce (|ui coiiccniail la Inruie du gou\crneuicnl, le Journal se pronoiiçail poin- la république, mais m déclarant (|ue le gouvernement no(iv<>an, issu de IS.'iD, était une républi(|ue de l'ail, et (ju'il n'y avait pas lieu de trop se préoccuper de la l'orme abstraite d llu-orique du gctiiveriuMueut.
L'Kglise réclamant ainsi pour elle-même et pour tous toutes les libertés n'était plus sus|iecte d'alliance avec le despotisiue ; elle n'avait |>lus d'autre arme (|uc la vérité seule, et il est impossible que cette vérité ne se fasse pas reconnaître et obéir; la société redeviendra cbrétienne par la force des dioses, et l'unité morale du genre humain se rétablira spontanément. Tel est le rêve que Lamennais caressait <lans ce picmier niomoni trcnilmiisiasme «|ui P. Jv>Ki. — Lamennais. 5
suivit la révolution de Juillet, et dont VAvenir fui l'expression pure, naïve, désintéressée. L"ardeur du vieux prêtre se communiquait aux hommes généreux et candides qui, groupés autour de lui et inspirés par lui, croyaient travailler, comme de nouveaux apôtres, au renouvellement de rÉglise, à la résurrection de la foi; et, cependant, quelque hrillantes que fussent ces espérances, quelque talent, quelque foi, quelque enthousiasme qu'apportassent à cette œuvre les rédacteurs de VAvenir, les idées précédentes trouvèrent peu d'écho dans le monde catholique. Le journal fut obligé de suspendre sa publication. En le suspendant, on ne voulut pas cependant avouer au monde ni s'avouer à soi-même qu'on s'était trompé. On crut avoir trouvé un moyen de salut et de force en allant soumettre la nouvelle doctrine à la plus haute des autorités, à celle que labbé de Lamennais avait toujours proclamée l'autorité suprême et infaillible. Il crut que, si le clergé se déliait, s'il se tenait à distance, c'est qu'il craignait de déplaire aux grands dignitaires de l'Église ; et ceux-ci eux-mêmes étaient tenus en respect par la crainte de Rome. Si donc on pouvait obtenir de Rome elle-même quelque adhésion, quelque encouragement, au moins quelque témoignage de sympathie, on retrouverait auprès du clergé l'appui qu'il n'osait pas donner. De là la funeste résolution daller à Rome, suggérée par Lacordaire, acceptée avec empressement par Lamennais, acte trop peu médité, qui était, en apparence, un acte de soumission, mais qui devait devenir plus tard l'occasion de la crise terrible qui coupa en deux la vie de Lamennais. Jusqu'ici, malgré l'enlraînement des idées modernes qui l'envahis-