I.A riIlI.OSOPniK DE I-AMEXXAIS
l'ordre inorganùjue, par rattraction ; dans l'ordre organique, par la génération ; et dans l'ordre intellectuel et moral, par la société. Cette unilé a ses degrés. Dans l'univers en général, le monde marche de centre en centre. Tous les corps tendent au centre de la terre. La terre et les autres planètes tournent autour d'un centre, le soleil, qui lui-même paraît marcher vers un cenire inconnu. Dans l'ordre de la vie, les degrés de l'unilé consistent dans l'enchaînement des formes, chaque èli'c supérieur comprenant en lui les fonnes inférieures, et l'homme, comme un microcosme, les enveloppant tous en lui-même. Enfin, dans la société, les degrés de l'unité sont marqués par l'enveloppement des différents groupes les uns dans les autres : la famille, les cités, la race, le genre humain.
Telles sont les idées générales qui résument la cosmologie de Lamennais; mais il revient encore ailleurs et plus amplement sur ces questions : c'est le quatrième volume de VEsquisse, intitulé l(i Science, où il reprend, au point de vue de la science, les idées quil a exposées dabord au l)oint de vue philosoj)hique. Il est à propos de rapprocher ce quatrième volume du premier, car il en est le développement naturel et conséquent.
Le quatrième volume de VEsf/nisse est remarquable en lui-même, quoique aujourd'hui il ail perdu une grande partie de son intérêt. Cest en eflet une philosophie de la nature, et Ion sait quelles sont d'ordinaire les lacunes de ces sortes de constructions. Ces lacunes sont de deux
es|K*cet» : les preniieres stuiit celles qui vieuiieiit du Umu|is »'l det» Iafun«'s dr la ?.« it-uro elle iiiciur. Touirs l«*s pliilusopliios de la nature ^e ItMit u>ec les données de la science < iMileni|>oraine. (ielle science clian)!e ; el la |diilo<<M|diie hàlie sur ces dunnées «-vauuuies devient ininlelli;:ible. C'est ainsi i|ui* la idiilnsophie de la iialure de Seliflliu};, après iiii NUercs iM'Ialaul. est touilief de u«i> jours, même imi Alli-uia;;iii-. dans un luoroud disiii-dit. Mais, de plus, aui lacunes de lu science en elle un-un-, il tant ajouter les lacunes de la science du pliilusophc, qui ne sait jamais qu'une Ires petite partie de la science de sou temps, et qui li.ilil siiii système sur d<-s données incomplètes. L'ouvrage de l.auieuiiais présente ces deux espèces de clefauls ; une science suratinc-e et une connaissance incomplète de cette science même. On de\ine combien une synthèse, dans ces I nnditions, doit laisser à désirer. Néanmoins, si l'un sou^e au milieu dans lequel Lamennais axait passé la moitié de sa vie. à l'esprit e\clusi\emeut llieolo^ique ou politique qui I .mime de|lui^ VK^nni sur l'iiuliffvrfitct' jus(|u'au\ l'aroles d'int croyant, si l'on sun^e qu'il avait atteint sa cinquantième aiini-e lorsqu'il entra dans ces nouvelles études, nu doit avoir du respect pour le ^raud elTort qu'il a dil l'aire aliii de s'assimiler des connaissances entièrement nouvelles, et cela dans presque tous les ordres de sciences, et pour embrasser ilaiis une vaste synthèse tous les élémens de l'univers. C'est eu delinitive la seule tentative du ce fteiire (|ue luius présente la philosophie de notre siècle, cl, uia!;:ré des lacunes et des conceptions surannées el évidemment erronées, elle nous offre encore nombre de pensées originales et profondes.
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Deux Idées, avons-nous dit, dominent la philosophie de la nature de Lamennais : l'idée d'évolution et lidée trinilaire.
L'idée évolutionniste est si bien l'idée fondamentale de l'Esqidsse, que Lamennais s'en sert comme de préambule et comme de programme au début de son quatrième volume, qui a pour objet la science. Ainsi le chapitre II est intitulé : Evolution de Vunivers et ses rapports avec révolution delà science. Maintenant, de quelle évolution s'agit-il? Est-ce d'une évolution purement matérielle, comme celle des Anglais ? Lamennais, au contraire, essaie de démontrer que la matière en elle-même ne contient aucun principe d'évolution. Suivant lui, la science du fini ou de la matière est absolument vide et aveugle sans la science de l'infini ; la science de l'univers appelle la science de Dieu.
Pour expliquer l'univers, il faut un double principe : un principe d'unité et un principe de diversité. Or la matière ne contient ni l'un ni l'autre. La matière n'est autre chose qu'un je ne sais quoi, fonds premier et inexprimable de toutes choses, et, qui lorsqu'on veut la réduire à quelque notion claire, se ramène à l'étendue pure. Or, l'étçndue étant indéfiniment divisible, l'unité répugne à son essence. On doit la considérer comme une multitude indéfinie. Dans sa vraie idée, la matière n'est donc rien de réel ; c'est une négation. Le réel dans les corps n'est pas la matière, c'est la substance. La matière séparée de l'être se réduit donc à la multitude ; et, par conséquent, son concept répugne à l'unité. Elle ne donne pas plus d'ailleurs la variété. En efl'et, elle est en elle-même essentiellement homogène ; et l'étendue, qui en est la première et plus claire expression,
ivMKwvis Mi'.i w'iivsicii \ 1;''
est elle-nit^iiK' ciitn'ifiiu'ii! lioiiio^riM', ei ik* peut |tur < oiis(''(|utMil pioiluiic «luim seul cffrl toujours le mciur. Klaiit (loiiiiéc uuc somme de molécules similaires, loules doivent :i<;ir df la iiiriiic iiianiére ; el pour que les diversités primilives pussent se |»roduiie, il faudrait que l'essence une et nécessaire aj^it sur elle même pour se modilier ; mais « uinessence qui, sans cesser d'élre, cesse d'être elle-même, une issence créatrice d'antres essences exdusivts d'elle-même, ('est un amas de contradictions ».
On «'ssaie de\pli(|ui'r la diversité dans la matière |iai l<' niouvi'nirnl. Mais le mnincuH'iil n'f^t (juun déplaceun-nl. nue translation : ce nest pas nn principe ; il ne peut produire que des arran^'cmens diiïérens : c'est aussi ce qn on accorde, mais cela suffit il? D'abord, comment une ranse liomojîène (1. it rmini rait-elle des inoiiNcniens indéfiniment divers? Puis, (oninuiit des arran^Kiiuns j:éomélri(|iies produiraient ils des propriétés effectives? Comment une simple nuKlalité serait-elle une cause? Comment surtout l'orjfanisalion, la spontanéité vivante, la pensée enfin, seraient-elles !.• piotliiit d'une fi^'ure de jréoniétrie ? D'ailleurs l'isomérie, en cliimir, nous montre des arran}:emens identiques coïncidant avec dt'"- propriétés diffé-rentes.
Suivant Lamennais, la notion de l'unité dans la variélé et de la variété dans l'unité ne |>eut être tirée que de l'esprit. C'est la (onscieni e du moi qui nous donne le senlilucnl penuaiuiit de l'unité multiple et d.' la inullipliciléune. C'est là une vue à remarquer chez noire auteur, car elle V est rare. Presque jamais il ne fait appel au témoi- }înaj;e de la conscience. Ses vieilles antipathies contre Descartes et contre le psychologisme moderne le portent
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toujours de préférence vers la philosophie objective plutôt que vers la philosophie du moi. II est cependanl obligé d'y arriver et en définitive de reconnaîlre que la notion de l'un et de plusieurs, qui est le fond de toute philosophie, vient de la conscience et s'ensuit que le principe de sa doctrine, à savoir la substance et ses propriétés, n'a pas été découvert a priori par une intuition absolue, mais par une application à l'absolu de ce qui est donné dans le moi. Se refusant à admelire la conception fondamentale de Descaries, que tout ce qui passe dans les corps s'explique par la matière et le mouvemenl, Lamennais se trouve ramené, sans le savoir, à la doctrine aristotélique et scolaslique des formes substantielles : « Nul être ne dilfèrc d'un autre être que par la détermination, la forme, la nature qui le constitue proprement ce qu'il est. Toute nature, toute forme, toute détermination est absolue en soi ; elle est ou elle n'est pas ; elle ne peut devenir une autre nature, une autre forme; car elle serait à la fois dans son unité deux choses dissemblables, deux choses qui s'excluent. » Il essaie d'éclaircir son idée par l'exemple des combinaisons en chimie : « La combinaison n'est pas, comme le mélange, un pur rapprochement dans l'espace des molécules étendues des corps; elle affecte les essences, et dès lors ne peut être conçue que comme l'absorption de certaines formes par une autre forme dont l'unité complexe les implique comme ses élémens nécessaires; pareille en cela, dans la mesure de sa limitation, à la forme infinie dont l'unité implicjue toutes les formes finies. » 11 emploie également, pour faire comprendre l'enchaînement et l'emboîtement des formes, l'exemple de la géométrie : « Comme
ifs ligures ^i'-oiiiririi|ii<>s si* ciHiibiiiciil de Iflle suiic que Ifs Hj^iircs plus sini|»|t's <l«'\i«'iiiii'ril •'•Iriiiciis de (ijjiircs plus coujpIt'M's, où, sans rire tli;uiji«'«'s, alU'rt'«*s dans leur essciici'. ilit's subsisttMit absorbées par ellos cl ramenées à leur unité ; ainsi les formes plus simples deviennent les élémens de formes plus complexes, où elles subsistent ab-'orlH'es par elles et rameni-es à leur unit»-. » Il en est <!<• iiitiiii' des (iit's organisés, aver celle diffénMn e que « leur unité d'un ordre plus é|ev(> implique dans sa complexité la <-oe\istenee de parties dissemblables dépendantes l'une de l'autre, iutimemeiil lit'cs l'une à l'autre, ayant cliacune ses proprit-tés, parce «pie cbacune a dans l'être ses fonctions nécessaires, ijuil ne subsiste (|ue par le coucours et I liarmonie de ces fonctions di\erses. comme ces parties ne subsisleni elies-uièmes que par leur mutuel encbainenient dans la forme su|ierieure qui les ordonne e| les diri;;e •.
t'.elle tlii-orie des formes essentielles et substantielles a contre elle la tlicorie des milieux, d après laquelle, selon l.:iMian k et plusieurs naturalistes, les furnies ue seraient que les ré'snitats (les actions extérieures et de milieux en\ironnans. Lamennais combat très fortement la tliéoric des milietiv (11; et aujourd liui niéiue < elti- criti(|ue peul être en««>re opposée avec avantage aux di'Ienseurs exagérés de celte ibéorie : l» Les milieux ne peuvent être cause <le la variélé ; car ils la supposent : si le milieu, en effet, isl cause de la diversité, d'où vieiil la dixersitt- des milieux?
(I) On peut «oaiparer cette discussion à celle d'Aug. Comte. 1res oppose également à la tlK^ono «les nùlieux. Coun de philosophie
jiiisHivt', W toron.