‹ La philosophie de Malebranche (volume 2)Chapitre 106 sur 117 · LeibniU, Syst. nouv. de la nal · texte numérisé non relu

LeibniU, Syst. nouv. de la nal

426 TEOUfiME PAKTIE. — GKAPITIIE Y.

n*étant point des esprits, présentent néanmoins dans leurs opérations immatérielles, quoique non raisonnables, une image des actes de Tesprit. Malebranche se platt à voir, dans les insectes et même dans tous les animaux des emblèmes des choses morales. Il eût dû porter plus loin cette vue. Entendant les choses dans un sens plus relevé, il eût regardé les animaux, non comme des emblèmes inertes ou des figures mortes, mais comme des représentations vivantes de ce qu*il y a dans les esprits, représentations, non pas seubement de telle ou telle qualité, de telle ou telle vertu, de tel ou tel état des âmes, mais bien delà pensée même, et du sentiment, et de la volonté, en ce sens qu'il y a là en effet dans ces êtres réels quelque chose de réel qui est analogue à la pensée, au sentiment, à la volonté. A ce point de vue, il est clair qu'il faut admettre dans les animaux un principe immatériel. Mais où est donc la hardiesse d'une (elle opinion, et qu'y a*t-il d'étrange à rapporter à un principe immatériel des phénomènes qui sont évidemment autre chose que de purs mouvements ? L'âmè des bètes soulève des difficultés, je le sais : mais pour échapper à des difficultés, faut-il renoncer aux faits bien établis et aux inductions que ces faits suggèrent comme d'eux-mêmes ? Parce qu'il y a sur tel ou tel point des obscurités, faut-il fermer les yeux à la pure lumière qui brille ailleurs? Ainsi, on peut ob-

jecterque certains animaux coupés en morceaux se multiplient avec ces morceaux dont chacun est un individu nouveau, et on peut demander ce que devient le principe simple et immatériel qui animait le premier animal : mais qui nous dit que dans ces espèces inférieures où Findividualitéest encore obscure, plusieurs substances simples ne sont pas réunies, sommeillant toutes, sauf une seule qui domine et mène tout, puis s*éveillant alors que des circonstances extérieures viennent séparer les organes dentelles dépendent? Et quand d'ailleurs il y aurait là un insondable mystère, en quoi cela nous autoriserait-il à rejeter ce que Texpérience et la raison s'accordent à nous montrer comme vrai? De même encore, on peut s'inquiéter du sort du principe immatériel dans les espèces infimes, et se prendre d'une ironique pitié pour cette pauvre petite âme. Mais c'est chose puérile ; quand on regarde la nature sans ces préjugés, on se dit qu'après tout la puissance de sentir, si enveloppée et si faible qu'on la suppose, est déjà un bien, et on se plaît à la voir d'espèces en espèces se dégager des entraves qui la compriment, et sortir de l'imperfection primitive, jusqu'à ce qu'enfin elle se montre forte et puissante dans les animaux supérieurs. Puis ceux-ci, capables de sentir vivement, ont aussi la perception, la mémoire, l'imagination à son moindre degré. La raison leur manque. Mais

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