‹ La philosophie de Malebranche (volume 2)Chapitre 108 sur 117 · AvtaTM, c'est le mol de Platon dans le Gorgin · texte numérisé non relu

AvtaTM, c'est le mol de Platon dans le Gorgin

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le faire jamais trop grand. Et parmi les hommes mêmes, pourquoi ne penserions-nous pas que la fins grande part revient à Dieu, j'entends à Dieu qui récompense, et non à Dieu qui punit?

Mais Malebranche ne reste point dans Tordre purement naturel. II entre dans Tordre surnaturel, et sa philosophie est mêlée de théologie. Examinons ses théories à ce nouveau point de vue.

Nous considérons avec joie cet ensemble de vérités de foi qui s*ajoutent si heureusement aux vérités établies par raison : Thomme orné par la grâce de dons précieux qui Télèvent au-dessus de sa nature, et lui communiquent comme par un excès d'amour la vie divine ; ces richesses surnaturelles perdues par le péché, Thomme dépouillé de cette divine parure, et, dans sa nudité naturelle, se sentant déchu ; Téquilibre de ses facultés rompu, sa volonté, non pas détruite, mais affSublie, en même temps que sa raison obscurcie sans être éteinte ; puis cette chute divinement réparée, ces misères divinement consolées par l'incarnation du Verbe ; c l'état de rédemption cent fois meilleur que Tétat d'innocence ' ; > dans ce monde que Jésus- Christ régénère, des grandeurs morales et de divines tendresses que Ton ne voit point dans Tordre

1 . Saint François de Sales, déjà cité plus haut, 1. 1, p. 404.

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purement naturel; de la part de Dieu^ Tamour poussé jusqu'à l'apparente folie de la croix/ et de la part de l'homme, des vertus portées jusqu'à l'héroïsme de la sainteté ; enfin, après cette vie, la vue même de Dieu, étemelle récompense des bons, et l'immortelle société des esprits rendant par Jésus- Christ et en Jésus-Christ l'hommage de l'adoration et de l'amour à l'auteur puissant, sage et bon de la nature et de la grâce.

Voilà les splendeurs qu'il nous est donné de contempler quand^nous laissant guider par la foi, nous entrons dans l'ordre surnaturel. Certes la Providence nous parait alors et plus admirable et plus aimable que jamais. Ces mystères, qui nous confondent, ont une beauté qui nous ravit, et malgré leurs obscurités, salutaires d'ailleurs, ils jettent sur le plan des choses des lumières vives que la Taison n'eût jamais pu découvrir d'elle-même.

Mais sur plusieurs points nous devons nous séparer de Malébranche.

D'abord, il regarde l'Incarnation comme nécessaire, en ce sens que, si Dieu n'eût pas trouvé le moyen de diviniser son œuvre, Dieu n'eût pas créé. Nous avons déjà discuté cette opinion. Bornonsnous ici à remarquer qu'entendre ainsi ce mystère, c'estlui ôter ce qui en fait le charme divin : car on n'y voit plus la libre effusion d'un amour qui pour se contenter exécute les choses les plus exlraordi-

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nair» ; oa n*y reconnatt pLus la merveilleiise inveotion d'une bonté infinie, c Dien a tant aimé les hommes qu'il leur a donné son Fils unique. » Dieu a tant aimé les hommes : étrange parole, mais lumineuse et douce, qui remue notre cœur tout entier et nous donne la raison de la conduite di?ine '• Dieu aime et la bonté se communique: Dieu se fait homme, rHomme4)ieu meurt sur une croix. En* core une fois, ne me montrez point là l'artifice d'une sagesse qui n'ayait pas d'autre expédient pour fiiire une œuyre qui val At la peine d'être cr6ée.'Montre2moi Dieu infiniment bon, créant par bonté, et puis, pour parler un langage humain, portant à l'excès cette bonté et en donnant le témoignage le plus magnifique et le plus tendre. JpparuU gratia DeiSal^ i^aioris nastri omnibus hominibus... Benigniias et humaniiasapptiruitSalviUorisnastriDei^. Gratia, benignitas, humanitas, dans le texte grec ^àosOfù»itiat grâce, bénignité, tendresse pour les hommes : voilà les expressions par lesquelles rÊcriture parle de ce mystère, et à la vue de ces merveilles nous

1 • s. Jean, ui, 1 6. Malebranche g&te cette divine parole en n*y voulant voir qu*un excès de bonté par lequel Dieu favorise nos préjugés en nous lUsant croire que Jésus-Christ s*esti)ût homme uniquement pour notre salut. (Traité de la nat, eidela gr,, dise. I, ii, 56.) Sans doute il est vrai que llncamation a^ comme toute chose^ pour suprême fin la gloire même de Dieu ; mais résulte-tril de là qu'il faille admirer et glorifier dans llncamation je ne sais quelle bonté singulière» qui favorise nos préjugés et noire amour-propre, et non une bonté réelle, effective, éclatant dans le don que Dieu nous (lût de lui-même?

?. Saint Paul, Bp. à TUe, u, 11 ; lu, 4.

nous écrions : Et nos cogno^imus et credidimus ca- . ritati quam haàet Ùeus in tiobis. Deus cariias est ^ Malebranche entend de la façon la plus rigoureuse le péché originel. D'accord avec les plus grands théologiens, nous nous en faisons une. autre idée. Dieu pouvait, sans manquer ni de justice ni de bonté, créer l'homme dans Tétat de pure nature, et même enveloppé d'ignorance, assujetti aux choses sensibles, mais capable par sa raison et sa liberté de travailler à dissiper ces ombres et à se d<%ager de ces entraves. Dieu a voulu que la nature dans le premier homme fût dans un état d'intégrité papfoite et de plus enrichie de dons surnaturels. Le péché l'a dépouillé, et en même temps a porté atteinte à son intégrité: il s'est trouvé nu et faible, lui qui avait été revêtu de tant de grâces et si fort. C'est dans cet état de nudité morale et de faiblesse que tous ses descendants naissent. C'est bien une corruption, puisqu'un état meilleur leur était destiné; c'est bien une chute, puisqu'ils étaient faits pour quelque chose de plus relevé ; c'est un état de désordre, ou, pour parler la langue de la théologie, un état de péché j puisque, pouvant être originellement tournés vers Dieu, ils se trouvent, au contraire, détournés de Dieu, et incapables de ressaisir par leurs propres forces la parfaite direction de leurs mou-

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