‹ La philosophie de Malebranche (volume 2)Chapitre 109 sur 117 · Saint Jean, Kf^, \, rv, IC · texte numérisé non relu

Saint Jean, Kf^, \, rv, IC

454 TROISIÈME PitTIK. — CBAPITRE ▼.

vements. Mais certes ce n*est pas une raison pour croire que tout en eux soit foncièrement mauvais, que tous leurs efforts soient stërilest et leurs vertus humaines abominables devant Dieu. Même laissés à eux-mêmes ( mais peut-on dire que la grftce réparatrice manque entièrement à aucun homme? ), ils ont encore dans leur nature quelque chose de bon; leur raison n'est point sans lumière^ et leur libre arbitre, diminué, aUenuaium^ n*est point anéanti, exstincium. L*honnêteté naturelle leur est connue; c Tagrément immortel de la vertu » se fait sentir à leur cœur; ils font des efforts, non point méritoires pour le ciel, mais non sans prix aux yeux de Dieu. Us sont c purement hommes, > et hommes blessés par le péché. Mais quoi ! si leur ignorance de la réparation par Jésus-Christ est invincible, seront-ils punis comme s'ils Pavaient méprisée et re<jetée?La dégradation de la nature en eux par le péché d'origine leur sera-t-elle imputée de la même manière qu'une faute personnelle? Non, assurément. Que la conséquence de ce péché d'origine soit la privation des joies surnaturelles auxquelles la nature ne donne point de droit : soit, c*est légitime, et en ce sens-là le péché originel entraîne la damnation. Mais cette privation même est-elle, à proprement parler, un supplice pour l'âme qui n'a pu que soupçonner à peine l'état supérieur dont elle est déchue ? Cette privation n'est-elle point par-

faitement compatible avec un bonheur naturel procuré par la connaissance rationnelle de Dieu, et par Tamour né de cette connaissance? Ceux qui n*ont point connu Jésus-Christ ne sont point jugés selon la loi de Jésus-Christ. Ils n'ont d'autre loi que la loi naturelle, c ipsisibisunt leûc\ > et cette loi seule les juge. Pourquoi Dieu, auteur de cette loi, ne récompenserait-il point ceux qui, n'en connaissant point d'autre, s'efforcent de la suivre? Quelle étrange justice que celle qui obligerait le Juge souverain à rester insensible à ces vertus naturelles et humaines, comme si ces vertus n'étaient au fond que des péchés? Pourquoi n'aurait-il point dans sa miséricorde et dans sa sagesse le moyen de traiter selon leur mérite les ftmes qui pratiquent ces vertus? Et qui sait même, si les traitant au delà de leur mérite, il ne leur donne pas en cette vie, par quelque opération secrète et admirable, je ne sais quelle connaissance ou je ne sais quel désir du Réparateur, par où elles se trouvent rattachées en quelque manière à Jésus-Christ, et rendues capables de participer au salut? Sur tous ces points il entrait sans doute dans les desseins de la Providence qu'une obscurité mystérieuse et salutaire déconcertât notre curiosité; et l'Église dans sa sagesse n'a décidé que l'essentiel. Il faut donc bien se gar-

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