‹ La philosophie de Malebranche (volume 2)Chapitre 110 sur 117 · I. Sainl Pnul, Ep, aiix Bom.^ u, U · texte numérisé non relu

I. Sainl Pnul, Ep, aiix Bom.^ u, U

4tf6 HUMSlftMl PAITII. — GHAPITIiS V.

der de donner ponr dea dogmes de foi des opinions on même des imaginations paiiicolières, propres à inspirer aux âmes soit d'excessives terreurs, soit une trompeuse sécarité. Mais ce qu'il est bon de savoir* c'est que sur tous ces points les théologiens les (dus illustres et les plus autorisés émettent ou permettent, soutiennent ou défendent d'admirables conjectures pleines d'élévation, très-propres à sauvegarder la justice de Dieu, et môme très-miséricordieuses. Qu'on n'en parle pas à tout propos dans des exhortations toutes morales, destinées à exciter le sèlé des dirétiens : cela se conçoit. Mais n'en rien dire dans une exposition philosophique où le péché originel et l'Incarnation servent d'explication au dessein universel de la Providence, c'est ce qu'on ne comprendrait pas, si l'on ne savait l'influence exercée au XVII* siècle par le jansénisme, môme sur les esprits qui n'en acceptaient pas les propositions expressément condamnées.

C'est cette étroitesse et cette dureté de l'esprit janséniste que je retrouve partout dans les conceptions théologiques de Malebranche. La grâce^ cette chose si excellente qui a un si beau nom, si doux, si attrayant, prend ici, par moments, je ne sais quoi de dur, et pendant qu'on me fait admirer avec quelle sagesse Dieu la dispense, je ne puis m'empôcher de remarquer dans cette sage distribution une parcimonie mesquine qui me semble indi-

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gne de la "suprême Bonté. V Église, dans laquelle j'aime à distinguer avec les théolo^ens Tàme et le corps, en sorte que je lui puis donner de vastes proportions dans Tespace et dans le temps, rËglise m'est ici présentée comme une assemblée très-restreiiite où n'entre <iû*une portion infiniment petite 'de Thumanité. Le Gel^ où je me plais à considérer la surabondance de la divine bonté, est ici extrêmement resserré par une sagesse que je ne m'explique guère, et quoique assurément une récompense si disproportionnée avec nos mérites soit une pure grâce S je m'étonne que Dieu semble mettre sa gloire à être avare de ce grand don. Le Purgatoire, admirable invention de la justice et de la miséricorde saintement conciliées, semble ici ne tenir aucune place dans le système des chos^: on nous dit bien que la crainte salutaire de ces peines terribles doit nous inspirer des sentiments de pénitence, on ne nous montre pas quelle carrière immense ce lieu d'expiation ouvre à la bonté du Créateur, qui là, par mille moyens à nous inconnus, peut purifier tant d'âmes si tard et si imparfaitement changées ici-bas, et poursuivre avec une infaillible sûreté l'œuvre du salut commencée dans les angoisses de la mort. Non : de tout cela on

1. Une récompense est due à la vertu : cela, c*est justice; mais le ciel que Jésus-Christ nous promet^ dépasse nos mérites, comme nous l'avons déjà remarqué, p. 444, n. I.

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ne dit rien ; on aime mieux nous montrer sans cesse Y en fer ^ r^orgeant desYictimesdu péché; et tandis qne certains théologiens veulent que la miséricorde, conservant jusqu*au bout ses droits divins, s*exerce dans Tenfer môme pour y adoucir quelque peu les peines éternelles, on semble se complaire dans le spectacle de ces tourments effroyables, et Ton y précipite avec un calme étrange, au nom de la sagesse souveraine, la plus grande partie de Thumani té.

Mais de la terre elle-même on fait un lieu de supplice: on prétend que le genre humain, qui Par» rose de sueurs et de larmes, la traverse sous le coup d*une absolue malédiction. On regarde la concupiscence et Torgueil comme les uniques ressorts de la société, et Ton ne voit dans Thistoire du monde qu'un perpétuel conflit de passions mesquines ou terribles. Les hommes alors sont comme une troupe de condamnés à mort, s*agitant dans un sombre cachot, et attendant leur tour. Quelques-uns, acceptant avec humilité par la grâce de Jésus-Christ ce sort si triste, se préparent pour l'autre vie la délivrance et l'éternelle félicité. Tout le reste se perd.

1 . Je sais que dans la langue théologique le mot enfer désignant la privation de la vision béatiûque ou de la vue face à face de Dieu, on peut dire que Tenfant mort sans baptême, par exemple^ est en enfer, bien qu*on admette qu'il jouit d'un certain bonheur naturel. Mais précisément je reproche à Malebranche de ne faire jamais ces distinctions» et l'enfer qu'il prodigue est toujours ou semble toujours être pour lui un lieu dYpouvantables supplices.

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Vanité, folie, misère, crime, voilà co monde. Est-ce bien là Tœu vre de Dieu ? Est-ce là le sens des choses ? Âh! que nous aimons bien mieux considérer Thistoire tout entière comme Téducation de Thumanité sortant peu à peu de Tenfance et marchant vers la virilité. Et il nous semble qu'elle est encore dans sa jeunesse. Nous la regardons comme an seul homme qui va, sous Tœil de Dieu, avec le secours de Dieu, grandissant toujours à travers bien des épreuves: souvent vaincu, il s'arrête et recule, mais il se relève, recommence le combat, et il avance. Ou bien, ce qui est plus exact, nous regardons Thumanité comme une grande faoïille dont les membres dispersés tendent à se rapprocher: les dissensions sont nombreuses et terribles ; mais du moins dans ces querelles, les caractères se trempent; et puis les plus avancés travaillent à Téducation de ceux qui sont arriérés, et peu à peu la lumière gagne, apportant avec elle la justice et la paix. En définitive, c'est la vérité qui est la reine du monde ; et c'est à établir son empire par les libres efforts des hommes que tout concourt. Les individus qui travaillent à ce grand ouvrage disparaissent et reçoivent ailleurs leur salaire. Mais enfin la conquête du monde avance, et le règne de la vérité s'étend et s'affermit. Or, le règne de la vérité, c'est le règne de Dieu ; et dans ce monde où Jésus-Christ a paru, Dieu ne règne qièe par Jésus-Christ. Tout

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