Riflex. philos, et IkéoL, I, ch. viu
2. Voici le canon entier : « Si quis dixerit Ilberam hominis arbitrium, a Deo molum et excitatum, nihil cooperari assentiendo Deo exciianti atque vocanti, quo ad obtinendam Justificationis gratiam se disponat ac pneparel, neque posse dissentire si yelit : sed veluti inanime quoddam nihil omnino agere, mereque passive se habere : anathema sit. »
K6. DKCXIÈME FÀETIB. — GHAPRU I.
par:élle-mème à un bien particulier Timpression qu'elle reçoit de Dieu vers le bien en général. La cause occasionnelle est donc une vraie cause* Dieu nous |K>ussant vers le bien est comme Tair poussé indifféremment dans les tuyaux d'un orgue; nos xpouvements libres, ce sont les mains de Torganiste qui produisent tels ou tels sons. Oîi est ici la cause véritable? N'est^lle pas celle que vous appelez occasionnelle ' ? De quelque côté que Ton envisage les choses dans le monde moral, les deux inconvé-' nients opposés de la théorie reparaissent toujours. Les événements humains sont présentés comme une suite nécessaire de Tordre de la nature : ce qui est dégrader les hommes, les faire agir en bètes, les dépouiller du libre arbitre. Mais Dieu n'agisàant pas par des volontés particulières, n'a plus, à ce qu*il semble, le pouvoir de remuer les cœurs, et de plus, les événements humains étant des suites des lois générales, beaucoup de choses arrivent, ce semble, sans dessein, et Dieu, asservi aux causes occasionnelles de son action, exécute tout dans ce système, mais n'ordonne pas assez *.
5* Les causes occasionnelles dans le monde moral étant des natures intelligentes qui ont de l'affection pour nous, et par cette affection déterminent la volonté générale de la cause universelle à
1. RéfUx. philos, et théol., I, ch. ix. î. Jbid., ï, ch. XIV,
LES -ClUTIQDfiS D£ XÀLBBIÙIKGHB; 57
Doos faire du bien, comment espérer que la pér-^^^ saasion de rinefiicace des causes secondes lious empêche de les aimer et nous attache plus forter ^ ment à Dieu ? Les bénéfices en France sont conférés/: par le pape : le roi n'est que la cause occasionnelle . de leur collation. Mais c*est de la faveur du roi qu'on les attend, et on recherche cette faveur, et, pour l'obtenir, on caresse les ministres du roi et les valets des ministres. C'est un paradoxe insoutenable, et une maxime opposée à toute vraie morale, que de vouloir que nous n'ayons ni gratitude ni amour pour les causes occasionnelles qui déterminent la cause générale à nous faire du bien. D'ailleurs, il n'est pas vrai que nous ne devions aimer uniquement que Dieu. Pour Dieu seul, nous devons avoir cet amour que saint Augustin appelle dilectionem mansoriam : oui, c'est en Dieu seul que notre amour peut se reposer et se fixer comme en son suprême objet et en sa fin bienheureuse. Mais quoi ! sera-t-il défendu aux enfants d'aimer leur père comme leur ayant donné la vie, parce qu'il ne la leur a donnée que comme cause seconde et dérivée! C'est le renversement de toute la morale. Mais au moment même où cette théorie étouffe dans notre cœur tout sentiment pour les créatures, elle nous porte d'un autre côté à les aimer bien davantage, en nous les faisant considérer comme les causes occasionnelles de l'action divine : c car
88 DBUXitin FARTIK. — CflAPITU I.
enfin on aime pins celui qai nous dit un biendit en pensant à nous^ que celui qui nous Taurait fait sans avoir un dessein particulier de nous procurer du bien^ »
6* Prétendre que Dieu n*a pu avoir en créant Tunivers d'autre dessein que rincamation, c*est avancer une pensée nouvelle que la théologie n'au«> torise pas ; et dire, pour la justifier, que Dieu ne peut vouloir agir au dehors que pour se procurer un honneur digne de lui, c*est soutenir une autre nouveauté sans trouver, ni dans renseignement théologique, ni dans la raison, aucune preuve à Tappui^.
7*" Que l'on se conforme donc à la règle que Malebranche répète si souvent et observe si mal ; que Ton consulte, mais sans parti-pris, Tidée de l'Etre infiniment parfait : on trouvera que Dieu n'a pu être porté à créer que par une bonté toute gratuite, par une libérale effusion de son être sur toutes les choses qu'il a rendues capables d'y participer en leur communiquant ce qu'il lui a plu* Ce n'est donc que par Taffluence de ses biens infinis dont il était de sa grandeur et de sa bonté qu'il fît quelque part à ce qui ne pouvait avoir d'être que par la communication qu'il lui en ferait, qu'il s'est résolu à créer le monde. Il est vrai de dire
1. Béflex, philos, el théol.f I, ch. xvin. Voir «ussi ch. xix el xx. î. /Wd., Il, ch. I, II, ni et iv.
LES CEITIQUES DS MALEBIUIVGHE. S9
que Dieu a foit toutes choses pour lui, et que la. bonté divine est la fin de toutes choses, tant de Dieu que des créatures. Mais c'est en diverses manières : car, au r^ard de Dieu, c'est qu'il n'a agi que pour la communiquer, et au regard des créatures, c'est qu'elles tendent toutes à y participer, en tant qu'elles en sont capables. Toute créature agit pour être bonne, c'est-à-dire pour acquérir sa perfection; Dieu agit parce qu'il est bon, c'est-à-dire pour communiquer sa perfection à d'autres,, n'ayant besoin d'aucune perfection, et n'étant capable d'en acquérir aucune ^
8* Dire que l'ouvrage de "Dieu doit^ rendre au Créateur un honneur digne de lui, c'est-à-dire infini, c'est chercher entre les choses et le souverain auteur des choses une égalité qui ne se peut pas trouver; c'est parler comme s'il coûtait à Dieu quelque chose de créer, et que dans cette vue il ne voulût agir que pour en tirer quelque avantage ; c'est supposer enfin que cette volonté souveraine et indépendante se répand au dehors, non par plénitude et abondance, mais par une espèce d'indigence qui la déterminerait à agir dans la vue de quelque avantage qui lui en pourrait revenir. Combien y a-t-il de gens qui font des choses dont ils n'ont aucun besoin, à cause seulement qu'ils prennent plaisir à les faire, ou qu'ils sont d'une
t. Ré fleT, philos, et ihiol.^ Il, ch. ii.
Digiti:
00 DBOXIÈMB PARTIS. -^ CHAPITBB I.
humeur bienfaisante? Pourquoi donc Dieu, qui est Ja bonté même, n'aurait-il pu créer le monde par une effusion de sa bonté ' ?
9^ La théorie de la grftce n'est ni moins nouvelle ni moins dangereuse que les autres. Quand ce théologien téméraire « qui aime mieux chercher la science des choses divines dans ses méditations philosophiques que d'être le disciple des saints Pères', » prétend nous dévoiler les dispositions et les sentiments de l'âme sainte de Jésus-Christ considérée comme cause occasionnelle de la grâce, que de suppositions injurieuses au Sauveur des hommes ne fait-il pas'? et quelle étrange idée ne nous donne-t-il pas de la conduite divine? Il veut qu'elle porte le caractère des attributs divins : mais quoi! la bonté n*est-elle donc pas un attribut de Dieu ? Il la laisse dans l'ombre ^ Et la puissance? Il l'exalte, et puis voici qu'il en dépouille Dieu pour le rendre plus aimable. Si tant d'âmes se perdent, c'est que Dieu n'a pas pu sauver plus d'hommes qu'il n'en a sauvés ^. En vérité, si c'est là parler dignement de Dieu, qu'est-ce donc que d'en parler indignement'?
Voilà ce qui me paraît solide dans la réfutation d'Arnauld. Certes ce n'est pas un médiocre mérite