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LES CRITIQUES DE MÂLKBRAKdfiE: éi
que d'avoir montré Tinsuffisance et le vagué /de certaine formules métaphysiques très-séduisanteïi; et d'avoir su résister à la chimère par la force du bon sens appuyé sur la tradition théologique. Il y a plus : Ârnauld a résisté aux entraînements dé sa propre nature et de ses propres opinions. Lé janséniste a trouvé pour parler de la liberté humaine, du droit des créatures à notre amour, et de la' bonté de Dieu, des paroles dignes d'admiration. Il a vu que dans un système où l'esprit est déclaré incapable de
. se mouvoir, on ne peut conserver la liberté sans inconséquence; et appuyé sur le décret si net, si précis, si énergique du concile de Trente, il a rejeté
)^ la passivité de l'âme K 11 a vu que défendre aux
1. Ârnaald est ici plus décidé et plus explicite que dans le Livre des vraies et des fausses idées. — Au moment où parurent les Ré" flexions philosophiques et théologiques, la théorie des causes occa* sionneUlS Ait combattue dans deux livres remarquables, provoqués par la polémique d*Amauld et de Malebrancbe. Fontenelle, dans ses Doutes sur le système physique des causes occasionnelles (1686), examine la question au point de vue de la matière et du mouvement: il Aiit voir que ce système ne fait agir Dieu ni par des voies plus simples et plus générales, ni plus en souverain, que le système commun ; que Dieu, selon Malebrancbe, fait le monde imparftût, pour le faire simple, au lieu de le Ikire d*abord parfait, puis après le plus simple possible : ce qui est peu sage; enûn que reconnaître dans les créatures corporelles une force mouvante réellement distinguée de Dieu, ce n*est pas diminuer la toute-puissance divine, pas plus que de leur attribuer une existence distincte de celle du Créateur. « Tout ce que vous me direz contre la force des créatures, je vous le rétorquerai contre leur existence. » M. de Villemandy, dans son Traité de refp^ eace des causes secondes (Leyde, 1685), examine sans aucun esprit de dispute le système des causes occasionnelles, et admet Taclivité des corps et Tactivité des esprits. Il montre T&me active dans la pensée et dans la volonté, dirigeant et appliquant ses flicullës, « le tout sous la direction de Dieu et avec son concours immédiat, mais pour-
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hommes d'aimer les créaiui^ sous prétexte qu'elles %ê sont dépourvues de tdùle efficace, c'est ruiner par
une métaphysique suspecte et une piété mal entendue Tordre naturel, et au nom de la saine morale il a protesté éloquemment. Enfin, il a vu que la bonté divine était négligée et compromise dans ces théo-* ries qui font Dieu si attentif à la simplicité des voies où semble consister toute la sagesse, et si soucieux de se procurer en créant un honneur digne de sa majesté infinie; et à Faide de saint Augustin et de saint Thomas S il a montré dans un simple et noble langage Dieu souverainement parfait se communiquant non par besoin, mais par plénitude et abondance, et ctéant, parcequ'il est bon, des êtres qui / participent à sa perfection comme à leur principe et / y tendent comme à leur fin.
Nous applaudissons, sur tous ces points, aux efforts heureux d'Amauld, et nous recueillons ses remarques judicieuses. Mais nous ne nous dissimu-
tant avec beaucoup de liberU et quelque espèce dP indépendance, » Il relève rincooséquence de llalebranche qui donne aux esprits, dépourvus de toute efficace, la force d'arrêter sur un objet particulier le mouvement que Dieu leur imprime vers le bien en général. Au témoignage de Bayle {Nouv. de la Rép, des lettres^ août 1686, art. 6), « tout cela est bien prouvé; » ce qui ne veut pas dire, ajoute le sceptique, que« les arguments soient incontestables, » et de nature à convaincre les cartésiens, « fort difficiles à contenter en fait de preuves. » 1. Riflex. p/Ulos. el théol,, 11, ch. ii. Après avoir exposé l*opinion de Malebranche sur le motif de la création ^ Amauld s*écrie : « 8. Thomas, dans son style simple, me parait bien plus grand et bien plus élevé. » Et U cite de fort beaux textes {Swnma thcol, P, q. XIX, art. 2; q. xuv, art. 4). Il cite aussi un beau texte de 8. Au-* gustin (De Geneii, I, v).
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loDS pas combien sa pensée demeure incomplète. Elle n'a pas, si je Tose dire, de profondes racines dans une grande métaphysique. Le bon sens naturel, servi par les nécessités du combat, lui fait dire des choses excellentes sur la liberté, sur la. morale, sur la bonté divine. Mais dès qu'il touche à la question de la grâce, il compromet singulièrement cette activité qu'il vient de supposer dans Tàme^ Quand il parle de la nature et de Torigine de la loi du devoir, il méconnaît l'universalité et l'immutabilité des principes moraux et ne conserve que par une inconséquence une loi naturelle et une justice naturelle^; enfin, quand il expose la prédestination telle qu'il l'entend, il ne tient point [de compte de la bonté divine , et si en prêtant à la Providence des duretés choquantes, il ne les explique point, comme Malebranche, par les exigences d'une sagesse scrupuleuse, il semble n'en trouver d'autre raison que la volonté souveraine et indépendante du Tout-Puissant, ce qui assurément ne donne point de la perfection et en particulier de la bonté de Dieu une idée plus relevée ^. À vrai dire, Amauld et Malebranche reconnaissent
1. Alors il laisse à Tàme si peu de liberté que Malebranche loi oppose ce même canon du Concile de Trente que nous citions plus haut. Voyez aussi Tusage que Malebranche fait de ce canon contre Boursier, janséniste, RéfUx. surlaprémol, phys,, § 3.
2. Règles du bon sens, réplique au P. François Lamy, an t. rv« des CBuvres complètes d*Amauld.