‹ La philosophie de Malebranche (volume 2)Chapitre 25 sur 117 · Ré flex. philos, et théoly III · texte numérisé non relu

Ré flex. philos, et théoly III

64 DBinutVK PAftTlB. — CHàFITEE I.

Ton et Fantre la liberté humaine, et ils la compromettent, Fnn par sa théologie, Taotre par ses principes métaphysiques; ils proclament Tun et Fautre la bonté divine : mais ils la détruisent, Tun ' pour le plus grand honneur de la sagesse, Tautre par respect pour la puissance. Us méritent ainsi tous les deux les mêmes reproches, mais c'est par des raisons différentes. Si nous voulons aller jusqu'au fond de leur pensée, nous les trouverons, Tun persuadé et préoccupé avant tout de la sagesse du Créateur, l'autre persuadé et préoccupé avant tout de sa toute-puissance. Malebranche place le fondement de la sagesse divine dans les vérités éter^ nelles et dans Tordre immuable; puis il voit que s'il y a du mal dans le monde, c'est qu'il est convenable et bon qu'il y en ait; enfin il comprend qu'une harmonie universelle relie tous les détaik des choses. Cela est invincible à toutes les objections, cela est impérissable. Mais dans ces hautes considérations, il a des éblouissements et des' défaillances : il ne veut plus voir dans les effets particuliers que des suites nécessaires des lois générales, et il semble alors ôter à Dieu puissance, liberté, bonté, pour ne lui laisser qu'une chimérique sagesse. C'est cette exagération qu'Amauld saisit et signale avec une incomparable vigueur. Cette sagesse, c'est € une fatalité plus que stoïcienne ^ »

t. Réflcx. philos, ei théol.

us GUTIQUB8 HE MÀLBBRAHOHE. :65

Si Dieu est nécessité par elle à créer préciséineni un tel ouvrage, et à le créer précisément par 4e telles Voies, c'est la ruine de la liberté et de la toutepuissance du Créateur. Mais Amauld, à son tour, entend-^1 bien cette liberté divine qu'il défend à si juste titre? ne confond-il pas ce qui est limite ou gène avec ce qui est règle et loi? et, parce qu'il ne connaît pas bien la nature et Torigine des vérités étemelles, ne lui arrive-t-il pas, en prétendant affranchir de la fatalité la volonté divine, d'y faire régner, à la place de la souveraine raison, l'arbitraire et le caprice ?

Ainsi les doctrines de Malebranche et d'Ârnauld nous apparaissent comme se corrigeant mutuellement. Dieu est sage; mais sa sagesse n'exigeait point qu'il créât un tel monde, ni qu'il le créât par de telles voies. Dieu est libre, mais sa liberté se règle par sa sagesse. La Providence de Dieu est générale : car des lois, bonnes et convenables, sans être nécessaires, président au développement des êtres; et un dessein unique domine tous les détails et les relie dans une magnifique harmonie. La Providence est, en un autre sens, particulière : car Dieu a la vue positive de tous les effets particuliers, et surtout il a de chacun des esprits un soin, et, si je l'ose dire, un souci spécial. Il n'est donc pas simplement € Tauteur d'un certain ordre général d'où le reste se développe comme il

Digiti:

4S6 MUXlftlOS PARTIE. — CIUPITU I.

peut'. > U a en quelque sorte une application particulière à chaque individu; et c'est précisément cette connaissance' de Tinfime détail unie à la conception d*un plan universel, qui est le caractère divin de la Providence.

Féneloo, et la réfuUtion de ropUmisine.

Qui s'attendrait à trouver Fénelon parmi les critiques de Malebranche? Mysticisme allié aux exigences d'une raison sévère, goût pour la philosophie cartésienne, désir de la faire servir à la religion ' :

1. Bossuet, Oraii, fun* de Marie^Thérèt: L'allusion au tynème de Malebranche est évidente.

2. c Après TOUS avoir déclaré, Monsieur, combien Je suis docile à rautoriié de la religion, Je dois vous avouer combien je suis indocile à toute autorité de philosophie... On me cita Descartes; mais Je réponds que c'est Oescartes même qui m*a appris à ne croire personne sur sa parole. La philosophie n'étant que la raison, on ne peut suivre en ce genre que la raison seule. » Lelh'tî sur la mélaphys. et la reliçlon^ IV. D*un autre cété « nul homme» sans la grâce, n'aurait, par ses seules forces naturelles, toute la constance, toute la règle, toute la modération, toute la défiance de lui-même, qu'il lui faudrait pour la découverte des vérités mêmes qui n'ont pas besoin de la lumière supérieure de la Toi ; en un mot, cette philosophie naturelle, qui irait sans préjugé, sans impatience, sans orgueil. Jusqu'au bout de la raison purement humaine, est un roman de philosophie. » /frtd.VI, 3. Mais il faut que les hommes simples et ignorants eux-mêmes soient persuadés de la religion par des raisons. droites et solides, quoiqu'ils ne puissent pas expliquer avec précision et méthode ces raisons, ni réfuter les objections subtiles qui les embarrassent {Ibid. VI, 2). Il faut que les principaux théologiens aient une haute métaphysique (Lettre 2« au cardinal de NoaUlet^ 3). Ainsi, de quelque côté qu'on envisage les choses^ la raison et la foi s*accordent et se soutiennent

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^ tout cela est comman à Tan et à l'autre. Comme

Malebranche, Fénelon se platt aux spéculations métaphysiques, et il s*y engage dans le môme esprit : c'est la présence et Faction de Dieu dans le monde et surtout dans TAme, qu'il veut montrer; il scrute donc son intelligence et son cœur, et partout il découvre Dieu, Dieu qui réclaire par les idées. Dieu qui meut sa volonté et opère en lui, d'une certaine façon, le vouloir même. Dieu de qui il dépend et dans le fond de son être et dans toutes ses opérations. € Je trouve Dieu de tous les c6t^, s*écrie-t-il ; il sort du fond de moi-même '• > A ses yeux, € les idées sont quelque .chose d'existant et de réel, les idées sont Dieu*. > C'est d'elles que vient toute lumière; c'est en les consultant qu'on est sage, elles sont communes à tous les esprits, elles les éclairent, les instruisent, les redressent.; et Fénelon célèbre magnifiquement cette raison souveraine et infaillible, à laquelle tout ce qui pense participe, source éternelle et incréée de la vérité, soleil des intelligences, toujours présent quoique méconnu, maître intérieur, qui sans cesse nous parle et trop souvent n'est pas écouté'. C'est la doctrine de Martine Taiitre, la philosophie et la religion sont alliées et te prêtent un mutuel secours. Ricnn'estplusconfonne àla pensée de Ifalebranche.

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