Réfutation, ch. vu
3. Cette vue est empruntée à saint Augustin (contra Ep. Manich. quam vocant fundam.., cap. xxxiu, et de natura boni, cap. lu^ xvui, ja). Fénelon le déclare lui-même, et dans la Réfutation (ch. m, vui, XXI), et dans les Lettres sur la Métaph. et la Retig. (Lettre iv, 2.) On trouve dans saint Thomas une doctrine analogue. Voir les textes cités dans le premier volume du présent ouvrage, p. 403, notes 1 et 2.
degré de perfection convenable à son état et à aa nature; et ainsi, Dieu donnant à chaque être tout ce qui lui convient, selon le genre de perfection auquel il le borne, Tordre et la sagesse de Dieurâuisent toujours dans la formation des créatures même les moins parfaites ^
Il n*y a qu'à développer, ce nous semble, ces vues de Fénelon pour concilier en Dieu la sagesse et la liberté. Malebranche en assujettissant la volonté divine à Tordre, ramène dans le monde la fatalité /{u'il veut en chasser. Fénelon bannit à la fois le hasard et la fatalité, le caprice et la nécessité.
Mais ce n'est pas seulement la volonté divine qu'il conçoit autrement que Malebranche, c'est aussi la volonté humaine. Quand il considère la théorie des causes occasionnelles, il en montre tour ^ à tour les avantages et les inconvénients, et Ton ne sait trop s'il l'adopte ou la repousse*. Voyons-le étudiant sans aucun parti pris systématique le fait
1. Réfutalion, ch. ix. C'est la doctrine de saint Thomas, et Bossaet l'a plusieurs fois exposée.
2. Réfuialion, ch. xvu. « Les causes occasionnelles, bien loin d'épargner à Dieu des volontés particulières, en augmentent le nombre. » — Gh. XIV. « Je n'entre point dans la dispute de l'auteur avec M. Arnauld pour savoir si les créatures peuvent être des causes vraies et réelles. » — Ch. xvii. « Je laisse à l'auteur à nous expliquer comment est-ce que les volontés créées sont libres, s'il est vrai que hors de Dieu il n'y a aucune véritable puissance. » — Gh. xxvii. « Il faut renverser le dogme catholique sur l'Incarnation, ou avouer que Jésus-Christ, comme cause occasionnelle, n'épargne à Dieu aucune volonté particulière. »
LES GRITIQCIS DE MÂLBBlUlfCIfB. 77
de la liberté' : que trouverons-nous? que la liberté humaine est une vraie liberté, qui consiste à choisir, non sans raison, mais sans nécessité ni extérieure ni intérieure; et puis, que cette liberté est une liberté dépendante, tellement dépendante qu'en un sens c'est Dieu même qui opère en nous le vouloir'. Qu'esl>-ce à dire? Que Tàme est un être actif, une force agissante, une cause libre, mais qu'étant créée elle dépend de Dieu qui la soutient et qui opère en elle jusque dans ce qui lui appartient
t. Traité de PexùL de Dieu, I, ch. u ; Lettres sur la Métaph. et ta Relig., U, ch. m.
2. Il faut citer tout entière la belle page que voici : « Dieu, en fai- ' sant rbomme libre, lui a donné un merveilleux trait de ressemblance avec la Divinité, dont il est 1* image. C'est une merveilleuse puissance dans rétre dépendant et créé, que sa dépendance n*empéche point sa liberté, et qu'il puisse se modifier comme il lui platt. Il se fait bon ou mauvais à son choix ; il tourne sa volonté vers le bien ou vers le mal, et U est, comme Dieu, maître de son opération intime; il a même, comme Dieu, un mélange de liberté pour certains biens, et de nécessité pour d'autres. Gomme Dieu est nécessité de s'aimer et de n'aimer Jamais que le bien, Tbomme ne peut aimer que ce qui a quelque degré de bien ; et il aime Dieu nécessairement, de? qu*il le connaît en pleine évidence. D*un antre côté, Dieu^ infiniment supérieur à tout bien distingué de lui, se trouve, par cette supériorité infinie, pleinement libre de choisir tout ce qui lui platt entre tous ces biens subalternes, lesquels, quoique inégaux entre eux, ont une espèce d^égalité en ce qu'ils sont infiniment inférieurs à TEtre suprême. Ainsi, aucun d*eux n*est assez parfait pour déterminer Dieu, et chacun d'eux le laisse à sa propre détermination. L'homme a quelque chose de cette liberté. Aucun des biens qu'il connaît ici-bas ne surmonte sa volonté; aucun ne le détermine invinciblement; tous le laissent à sa propre détermination. Il est à lui, il délibère, il décide, et il a un empire suprême sur son propre vouloir. Il est certain qu'il y a dans cet empire sur soi un caractère de ressemblance avec la Divinité, qui étonne. Ce trait de ressemblance est digne de la complaisance de Celui qui se doit à soi-même de faire tout pour soi. » {UUres sur la Métaph. et la Relig., II, ch. ui.)
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le plus, si bien que cette action divine ne détruit pas la liberté, mais la fait. Voilà qui est simple assurément et hardi. Fénelon n*imagine pas de système qui détermine où commence la liberté, où elle finit : il pose le fait tel que la conscience l'atteste, nous sommes libres; mais nous sommes dépendants, c'est un autre fait en même temps qu'une vérité de raison, nous Texpérimentons en nousmêmes. Fénelon dit donc tout ce qui est, tel qu'il est, il affirme notre liberté et notre dépendance, notre action et l'action divine; ce n'est pas au moyen des idées qui nous éclairent, ce n'est pas au moyçn des sentiments qui nous sollicitent qu'il introduit l'action de Dieu dans la volonté, non, c'est directement. Ne dites pas que les idées ou les sentiments déterminent la volonté, vous détruisez ainsi le libre arbitre; mais dites que, l'homme étant un être créé. Dieu opère avec lui jusque dans l'acte libre, et par là vous ne risquez pas de compromettre la liberté. Qu'on applique tout cela à l'ordre de la grâce, et l'on comprendra pourquoi Fénelon combat cette grâce de sentiment dont Malebranchc parle tant et qui est comme une seconde concupiscence opposée à la concupiscence delà chair. Cette grâce détruit la liberté, tandis que la grâce de lumière qui nous est donnée selon nos mérites dépend de nous : ce sont deux erreurs'.
1. Réfutation^ ch. xxxiir, très-remnrqiHbîe. « Si «aint Augustin a