‹ La philosophie de Malebranche (volume 2)Chapitre 56 sur 117 · Quatrième lettre, vers la fin · texte numérisé non relu

Quatrième lettre, vers la fin

144 BKDiiÉu rAsm. — aumu i.

pM ansi â TéteadM iateÛigible est la même que r^éteodM 8olMistaate dont les corps sont les modificaUoDS, oo si elle ne Test pas. D me semble qoel^ qœfois que par cette dernière tous entendes retendue créée, que tous expliques par les noms de matière, d'extension locale, etc. ; et que par la pre* mière tous entendes tantôt ce qu*il fiiudrait en* tendre par la seconde dans la signification la plus ^aaturdle, et tant&t le concept général d*étendue, qui est Xwrchétfpt de toutes les idées des corps^^ créés, ou enfin quelque autre chose que je ne sais sic*est substance ou attribut ou mode, qui n'est pas rimmensilé divine, mais qui pourtant est en Dieu. »

On ne peut mieux signaler les difficultés et les obscurités de celte théorie. Mais écoutons encore ce qui suit: c'est dans la troisième lettre; Mairan répond aux explications de Malebranche.

€ Je ne saurais passer sous silence Tarticle qui regarde l'étendue et l'idée de l'étendue : c'est un point décisif entre vous et l'auteur en question, et vous êtes le seul que je sache, mon Révérend Père, qui en ait bien senti Timportance, parmi tous ceux qui ont traité les matières de théologie et de métaphysique. D'un côté, vous avez été ccovaincu que ridée de l'étendue renfermait l'existence nécessaire et l'infinité objective, et par conséquent qu'il fallait regarder cette étendue comme une des per-

Goo^fe

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fectionset des réalités qui constituent Tessencedi-

f vine ou de Fétre infini et nécessaire. De l*autt^,

vous avez vu qu*on ne pouvait faire Dieu étendu de

^ J*étendue des corps, 'sans ruiner toutes les notions

que la religion d'aujourd'hui nous en donne. Il a donc fallu chercher une théorie qui pât conserver à rétendue ses propriétés, et satisfaire à tous les inconvénients qui peuvent s'en ensuivre. Pour le faire, vous avez admis en Dieu une étendue infinie et nécessaire, archétype de tous les corps, et vous l'avez appelée intelligible, parce qu^il n'y a que

\ l'esprit proprement dit qui puisse l'apercevoir. Mais

l'étendue des corps, vous la nommez créée, locale et sensible, parce qu'elle est finie, qu'elle frappe les sens et l'imagination, et qu'elle doit être par là hors de l'essence divine. Vous avez manié et tourné cette idée dans vos ouvrages de cent façons différentes... Mais j'ose vous dire, mon Révérend Père, que, si vous voulez bien faire attention aux raisons que j'ai... pour ne pas la recevoir, vous trouverez

^ peut-être que je n'ai pas tout à fait tort... Ce que

vous appelez étendue intelligible n'est, à la rigueur, et selon toutes Ie3 propriétés que vous lui attribuez; que l'étendue proprement dite, ou la substance dont votre étendue créée n'est autre chose

/ que la modification. >

1 Voilà qui est net, et Matran développant sa pen-

\ sée, prétend prouver manifestement que l'étendue

T. II. tO

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intelligible» dans Malebnnche, si retendue, attribat delà Substance unique, dans Spinoza, ne sont qu*une seule et même chose. L*étendue intelligibte est infinie, nécessaire, éternelle ; elle est chose réelle et subsistante ; elle est Dieu même, d*une certaine manière : Halebranche le- proclame. Hais qu'est-ce que cela veut dire? sinon qu'elle est ce à quoi les corps participent, ou en d'autres termes qu'elle est en Dieu cette perfection positive, cette réalité infinie, que les corps expriment, et sans laquelle ils ne seraient point, enfin qu'elle est en Dieu infini* ment et parfaitement ce que sont les corps d'une manière finie et imparfaite. Dira-t-on qu'elle n'est que l'idée que Dieu a de l'étendue? alors elle n'est plus réalité, elle n'est que pensée : mais pensée de quoi? Dieu n'ayant rien en soi qui puisse être l'objet de cette pensée, rien n'existant au dehors que Dieu puisse voir en ayant cette pensée, que pense-t^ il en pensant l'étendue ? rien : voilà donc une iclée sans idéatj c'est-à-dire une idée sans objet, c'està-dire une absurdité. D'ailleurs, si retendue intelligible n'est que la pensée de l'étendue, que deviennent tant de textes où Malebranche la donne trèscertainement comme quelque chose de plus? Oui, elle est vraiment quelque chose de plus, elle est la substance même de Dieu, représentative des corps et participable par eux ; elle est donc commune à tous les êtres matériels, elle est leur fond et leur

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^1^. En vain essaie-i-on de distinguer d*elle tine étendue créée, qui serait une substance, substance finie et imparfaite ? Que met-on dans cette étendue créée qui ne soit dans retendue intelligible, et quel caractère donne-t-on pour les discerner? Tout ce qui constitue les corps, tout ce qui entre dans leur essence, tout ce qui fait leur réalité, appartient à retendue intelligible : retendue créée n*a rien à elle que ses limites; comment serait-elle quelque chose de substantiel, existant d'une existence propre et distincte? elle n*est qu'une modificaiion de l'étendue intelligible, essence et substance de tous les corps ^

Contre cette déduction Malebranche se révolte. U dit qu'il ne faut pas confondre les idées et les choses, l'essence et l'existence. L'idée peut être sansidéat, c'est-à-dire sans objet qui lui réponde. L'idée, c'est le type ou le modèle, il se peut que rien n'existe qui soit conforme à ce type ou à ce modèle. L'idée, c'est ce qui est; l'idéat, c'est ce qui est fait. L'idée est réelle, mais d'une réalité intelligible et divine ; l'idéat est réel, mais d'une réalité créée. L'étendue intelligible ne suppose donc point l'existence de substances étendues ou de créatures matérielles. Dire qu'elle est nécessaire et infinie, dire qu'elle est Dieu même, c'est reconnaître

1. Nous pensons avoir résamé fidèlement, quoiqu'on termes par* fois différents, les difficultés de Mairan (3« et 4« lettres).

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