CHAPITRE n
ÏM DI8C1FLE8 DE MALEBRÂlfCaS.
G*est encore une fnanière d'apprécier la philosophie de Malebranche que de la considérer dans ceux qu'elle a touchés de son influence. Deux caractères communs se retrouvent chez les philosophes qui lui font bon accueil, s*en inspirent, ou la professent. Us croient à Taccord de la raison et de la foi, et ils s'appliquent à la philosophie et aux sciences dans une pensée morale et religieuse, avec le dessein de resserrer les liens de dépendance qui unissent la créature à Dieu. Voilà le premier trait: Us croient à une lumière universelle qui éclaire les esprits, à une Raison souveraine où la vérité subsiste, et ils admettent entre celte Raison divine et Tesprit humain une intime et incessante communication, qu'ils entendent d'une façon ou d'une autre, mais
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par laquelle seule, à leur sens, nous sommes raisonnables^ Voilà le second trait. Sur tout le reste, les divergences se produisent plus ou moins profondes, plus ou moins saillantes. Ces deux points sont seuls essentiels.
De grands esprits, supérieurs ou égaux à Malebranche, lui doivent quelque chose ou même beaucoup, mais ils ne subissent pas son ascendant. Us pensent avec lui, et, dans une certaine mesure, comme lui; mais ils demeurent libres et originaux.
Parmi les disciples proprement dits, les uns reproduisent avec conviction et avec amour la doctrine du maître, et n'y changent rien : ce sont les fidèles. Les autres conservent plus d'indépendance : charmés mais non fascinés, ils s'essaient à penser à leur manière, et, entre leurs mains, le système se modifie. Ici encore deux caractères différents se rencontrent : les ardents et les téméraires exagèrent les théories qu'ils adoptent et les poussent à leurs extrêmes conséquences ; les sages et les modérés tempèrent la doctrine de leur choix, l'assagissent, et savent, par une critique respectueuse, ici, se garder d'un excès, là, corriger une erreur.
11 y a de l'intérêt à voir cette philosophie s'approprier ainsi aux divers esprits qui s*en déclarent les adeptes ou qui simplement s'en inspirent, se concilier chez eux avec des dispositions et des hu-
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meurs, des opinions et des théories parfois fort contraires à celles de son auteur, changer enfin d'attitude et de rôle selon les lieux et les époques. Je distinguerai deux périodes dans cette histoire : dans Tune je placerai tous ceux que Malebrancbe a connus ou qui du moins ont été ses contemporains ; dans Tautre, je suivrai sa philosophie jusqu'en plein xvni* siècle. Quels sont les caractères propres à chacune de ces deux périodes? c'est ce que je montrerai en les étudiant.