‹ La philosophie de Malebranche (volume 2)Chapitre 66 sur 117 · Lettre à MagliabecdU · texte numérisé non relu

Lettre à MagliabecdU

2. Il rayait dit dans sa logique, en 1691 ; il le répète dans sa polémique avecGiorgi, 1695-1697.

S. Ànim» humons ruUura^ etc.

4. Voir sur Fardella, M. Bouillier^ Hisl. de la phUos. cart. (éd. de 1868), U II, ch. XXVII; M. Foucher de Gareil, Nauv. lettres et opusc. inéd. de Leibnitz^ 1857, introd., p. clxxxi^ et Lettres de Leibnitz à FardeUa, p. 317; Cousin, Pragm. de philos, mod.^ %• partie, p. 137.

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rencontrant une grande doctrine qui répond à tous leurs besoins intellectuels, et semble avoir été faite pour eux, ils Tembrassent avec ardeur, avec foi, avec une sorte de tendresse et de piété. Leur pensée 8*y adaptant sans effort, ils sont encore eux-mêmes d'une certaine manière, tout en reproduisant un système qu'ils auraient été incapables d'inventer et auquel ils ne font aucune modification importante.

Le père Bernard Lamy loue le maître d'avoir démontré que Dieu fait tout en nous et que nous ne pourrions voir ni sentir les choses, même grossières, s'il ne nous les faisait voir et sentir : voilà la vision en Dieu, acceptée tout entière, et ainsi pour les autres théories (sauf celle de la grâce qui reste dans l'ombre). Mais dans ces emprunts et dans ces imitations mêmes, la sincérité de l'admiration, la délicatesse de l'esprit, l'élévation de l'âme, la pu* reté et la noble aisance du style donnent. à l'écrivain une physionomie distinguée, et la lecture des Entretiens sur les sciences^ de la Démonstration de la vérité de la morale chrétienne^ et de Vj^rt de parler^ n'est point sans profit et sans charme ^

1 . Voir dans r Oratoire de France au xvri« et au xiz* eiècU, par le R. P. Ad. Perrdud^ la liste des ouvrages du P. Beraard Lamy (oa verra par là qu*il avait pour rérudition plus de goût que Malebranchej; eid9.ns VOraloire et le eartésianisme en Ànjou^ de M. Oumont, le récit des persécutions que le P. Lamy, professeur de philosophie à Angers, eut à subir à cause de son attachement aux doctrines de Descartes et de Malebranche.

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L'abbé de Lanion écrit des Méditations sur la jnétttphysique^ où il déclare que Dieu est Tauteur de toutes DOS sensations et de toutes nos pensées, et que notre esprit ne pouvant voir que la substance divine, seule intelligible, il y aurait de Fimprudence à juger qu'il existe quelque autre être que Dieu si la foi ne nous ordonnait de le croire'.

Lelevel, qui défend Malebranche contre Amauld, et qui attaque Régis, proclame, dans son livre sur La vraie et la fausse métaphysique^ que le philosophe véritable est celui qui dit que Dieu fait tout, que les créatures n'ont que l'impuissance en partage, qu'on ne voit pas les objets en eux-mêmes, que la nature corporelle n'est qu'une continuelle mécanique, que la raison n'est point un être particulier, mais une lumière commune à laquelle tous les esprits participent, que Dieu a établi des lois qu'il suit constamment dans l'ordre de la nature et dans celui de la grâce, etc.

Miron, un des plus assidus aux conférences malebranchistes qui se tenaient toutes les semaines chez mademoiselle de Wailiy, Miron public dains VEurope savante^ en 1718 et 1719, huit lettres où il défend, contre les attaques du P. Dutertre, les doctrines dont il avait été toute sa vie le zélé patron.

•f. Ces médiUtioDS parurent en 167S soos le nom de Goillanme Wander, et Airent réimprimées en 16S4, par Bayle, dans son Aeeuett 4« fueiguet lièeet curieuses eoncsmanî la, phUesophie de M. Du* caries.

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Ainsi, Malebranche trouve autour de lui ou suscite» par la beauté de son système, des écrivains de talent, qui sont ses amis, ses élèves, ses admirateurs, ses défenseurs ^ Mais combien d*autres qui, sans faire de livres, travaillent sans cesse à se pénétrer eux-mêmes de sa philosophie et la répandent tout autour d'eux avec une sorte de passion * ! Qu'il nous suffise de citer le marquis d'Âliemans, attentif à se recueillir pour méditer selon les préceptes de la Recherche de la vérité ^ mêlé d'ailleurs à toutes les querelles de son ami, écrivant des lettres pour le défendre, provoquant des entrevues entre lui et Bossuet ou Arnauld, soutenant pour lui des discussions, et s'attirant de Bossuet cette belle mais sévère lettre, connue sous le nom de Lettre à un disciple tk Malebranche.

Pendant que la nouvelle philosophie avait en France tant d'adeptes convaincus, un Anglais, John Norris, l'embrassait, lui aussi, sans réserve, et l'exposait dans un écrit remarquable'. Ëpris du monde intelligible qu'il appelle encore monde idéal, the idéal w'orld^ Norris veut le considérer absolument et en lui-même, absolutely in itself, et dans son rapport avec l'entendement humain, in relation to human understancUng. Comme Malebranche, Nor-

1. l\ n'eoire pas dans mon dessein de les étudier tous. Voir M. Bouillier, Hi$U de la philos. caH., t. II, ch. xvii et xvin.

2. Voir le ch. i de notre première partie, p. 18 et suiv. S. Théorie du monde idéal^ t vol., 1701-1704.

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rÎB pense que les idées sont choses réelles et résident en Dieu ; il admet que la matière même est en Dieu, d'une manière éminente et intelligible ; il proclame la souveraineté des vérités étemelles » et célèbre le bonbeur des contemplatifs qui, recueillis en eux-mêmes, entretiennent avec ces vérités et avec Dieu, leur principe, un assidu commerce. Comme Malebranche aussi, il distingue entre l'idée et le sentiment, et regarde les idées comme Je seul objet immédiat de Tesprit : en un mot, il explique la connaissance par la vision en Dieu. Toutes ces théories, empruntées à Malebranche, il les expose et les défend avec amour, et il a pour leur auteur une admiration, un enthousiasme, une tendre affection qu'il exprime plusieurs fois en termes éloquents ou poétiques. De tous les disciples qui ont . reproduit la doctrine du mattre sans la modifier, Norris est, je crois, avec le P. Bernard Lamy, le plus distingué et le plus aimable.

g III. Dom Lamy, bénédictin.

Une très-vive admiration pour Malebranche, une adhésion ferme à la plupart de ses théories, et avec cela une certaine affectation de bel esprit et beaucoup de goût pour la dispute, voilà ce qui donne au P. François Lamy, bénédictin , un air assez étrange au milieu des disciples de notre philosophe. Un

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malebranchiste tient à rendre agréables les vérités abstraites qu'il propose aux hommes; mais il a tou* jours un style simple et naturel. Un malebranchiste attaqué se défend vivement; mais il se garde bien d'attaquer le premier. 11 redoute, à Texemple du mattre, c la qualité d'auteur, » et craint d'être engagé par sa réputation et ses écrits, c dans des liaisons dangereuses, dans des soins superflus, dans des pertes continuelles de ce temps précieux où l'on se nourrit si délicieusement de la vérité. » 11 juge c odieux et méprisable le métier de critique, > et proteste que c les gens sages n'aiment point à se battre ; ils ont assez de peine 4 se résoudre à la défense. > 11 évite avec soin toute dispute, et tâche de conserver c le bien qu'un philosophe préfère à tous les biens, la liberté, le plaisir innocent de contempler la vérité ^ » Le P. François Lamy est infidèle à toutes ces règles de conduite. Bien qu'il ait dit beaucoup de mal de la rhétorique dans un ouvrage exprès, il met à exprimer sa pensée d'une manière délicate ou brillante un soin un peu excessif. Et pour ce qui est des controverses et des débats philosophiques, on voit bien qu'il ne les redoute pas : tout au contraire, il s'y complaît et les provoque : Malebranche lui-même, Halebranche qu'il admire tant, a subi de sa part un assaut.

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