Malebranche, LettraouP. Lamy (1698), i, au commenoement
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G'eet là sans doute ce qui explique le sévère jugement que nous trouvons dans le manuscrit de Troyes : c Grand copiste de Malebranche, le P. Lamy fisiit partout le méditatif, mais il le copie sans lui ressembler. Il prend jusqu'à ses tours, ses idées^ ses expressions, mais en demeurant toujours luimême, petit, superficiel, saisissant mieux les effets que les principes des choses, heureux néanmoins quelquefois dans ses pensées, lorsqu'il peut descendre jusqu'au naturel. »
L'auteur du manuscrit de Troyes ' est injuste ici. Dom Lamy est, non pas un copiste, mais bien sou« vent un imitateur, et si, en imitant, il est encore luimême, ce n'est pas que son irrémédiable petitesse demeure toujours malgré ses efforts pour se hausser; c'est qu'il a au contraire une certaine valeur personnelle, un talent véritable, quoique de second ordre, une âme vive, noblement éprise de la vérité et du bien, un esprit facile, aimable, délicat. Il ne fait pas seulement le méditatif, il l'est pour tout de bon*. Malgré son humeur disputeuse, il connaît, lui aussi, le plaisir de contempler la vérité, il parle du Maître intérieur en homme qui sait le consulter, et il décrit les faiblesses de l'âme humaine en moraliste
1. Nous avoDS vu dans le chap. i de la première partie que oe doit être le P. Audré lui-même.
î. Leibnitz dit de lui c qu'il a du mérite et de la méditation. * Rép. aia ohjecL du P. Lamy, où Leibnitz répond d'ailleurs asses vivement € au célèbre et habile auteur des objections. » Brdm., p. 458.
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accoatumé à se recaeilUr en lui-même pour s'examiner et se connattre.
On pourrait, assurément, considérer avec quelque plaisir, dans cette image affaiblie de Halebranche, des traits reproduits avec une fidélité intelligente et une sorte d'originalité '. Mais il est plus utile de chercher en quoi le P. Lamy modifie les théories qu'il emprunte et qu'il imite.
Il croit fermement qu'il y a une raison souveraine, que les vérités éternelles ont Dieu pour principe et que nous les voyons en Dieu. Mais il n'accepte pas toutes les explications de Malebranche^ Il remarque, non sans raison, que si dans cette théorie on a une idée très-claire de l'étendue ou des corps en général, on ne sait pas ce qui dis-
1. Voici un passage loué avec raison par M. Damiron, dans son Biioi sur CkUi. de la philos, en France au lvn« tièeU^ liv. VII, oh. i. € Un homme s*en vient de but en blanc vous dire grotsièremeiit, bassement, sans pudeur, que vous êtes Thomme du monde qui avei le plus d*esprit, le plus de probité, le plus de mérite. Vous vous sentez choqué de oe compliment, vous rebutez cet homme et lui imposez silence ; et sur cela, vous vous flattez de n*aimer pas les louanges. Mais patience : quelques moments après, un honnête homme s*en vient aveo des tours fins, des manières ingénieuses et «lélicates, d*un air respectueux et poli, vous faire entendre, sans presque oser vous le dire, qu*ii fait de votre esprit, de votre probité et de votre mérite un cas infini; et Je vois que vous le recevez agréablement, que vous récoutez avec plaisir, et que vous n'oubliez rien pour lui payer, par d*autres douceurs àuMi fines, celles qu*il a trouvé l*art de si bien assaisonner. Tàtez donc ici votre cosur, voyez s*il ne s*applaudit pas secrètement de se voir si bien dans Testime de cet homme, s*il ne lui sait pu le meilleur gré du monde de ses manières polies, et concluez de la différence dont vous avez reçu ces deux compliments, que ce ne sont ni les louanges, ni la flatterie, mais uniquement les manières de flatter et de louer, qui vous choquent » Cùnnamance de sot-mime^ t. III, p. 351.
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tingue précisémeiit un corps particulier d*un auti^e : il croit donc que nous n*avons aucune vriaie idée des ouvrages de Dieu. Mais alors que deviennent les vérités^ lesquelles ne sont que des rapports entre les idées? Ces difficultés n'ébranlent pas sa foi dans la Flsion en Dieu; seulement elles le rendent modeste et circonspect. « Je me retranche, dit-il, à tenir le fond de la chose, sans en connaître la manière. Je ne suis pas plus savant que saint Au* gttstin. Je .suis, avec lui, très-persuadé que ce n'est que dans une nature universelle et immuable qu'on voit ces grandes vérités : pour le comment, le quo^ modo, je confesse mon ignorance. x>
Sur la question de la Providence générale, il se sépare de Malebranche, et même le combat. Mais si une lettre de Fénelon àLamy lui-même ne laisse aucun doute sur cette polémique, attestée d'ailleurs par la plupart des biographes, nous n'avons pas les écrits qu'elle suscita.
Pour le pur amour, c'est autre chose. Dans son livre de la Connaissance de soi-même, Lamy, faisant la guerre à l'amour intéressé, prétend s'auto^ riser de Malebranche. Celui-ci écrit le Trmté de V amour de Dieu, où il rétablit son véritable sentiment, sans nommer personne, ni Fénelon, ni le P. Lainy: ce n'est pas une œuvre de polémique, <^'est une exposition. Mais une phrase indiquait l'occasion qui avait donné lieu à cet écrit; cette phrase.