‹ La philosophie de Malebranche (volume 2)Chapitre 68 sur 117 · Connaiuance dcêoi-même, t. lU, p. 4B · texte numérisé non relu

Connaiuance dcêoi-même, t. lU, p. 4B

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qui n*était pourtant pas blessante, irrite le P. Lamy. Il se plaint, et accuse Malebranche d'avoir changé d'opinion et de soutenir dans le Traité de Vamour de Dieu une autre doctrine que dans ses premiers ouvrages, dans les Conversations chrétiennes^ par exemple. C'est alors que lifalebranche écrit à ce disciple, à cet ami, devenu son contradicteur, trois lettres où il y a de Tesprit, de la vivacité, de judicieuses remarques, mais aussi des récriminations aigres-douces et une insistance fatigante à répéter des reproches qui d'ailleurs semblent mérités.

Le P. Liamy s'imagine que ne pas admettre le pur amour, tel qu'il l'entend, c'est soutenir l'amour mercenaire : c Dieu, dit-il, ne doit pas être moins délicat que nous en matière d'amour; et c'est juger bien bassement de cet Être souverain , que de croire qu'après ne nous avoir créés que pour être aimé de nous, il puisse se contenter que nous ne l'aimions que pour notre intérêt, que pour l'amour de nous-mêmes, en un mot, d'une manière que nous ne serions pas contents que les autres nous aimassent ^ >

Voilà une éloquente indignation. Seulement il y a dans la pensée du P. Liamy une méprise. Male- ' branche montre très-bien que Dieu est la ^vraie fin de l'amour, et qu'en ce sens il doit être aimé r

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pour Joi-mème; mais celui qui aime ne peut pas ne pas se plaire dans Tobjet de son amour. Trouver du plaisir dans les excellentes qualités d*un ami, est-ce feîre tort à cet ami, est-ce le rapporter à soimême, est-ce Taimer d'un amour mercenaire et égoïste ? N'est-ce pas plutôt lui faire honneur? Faudrait-il donc, pour raimer purement, qu'on ne goûtftt aucune joie dans sa compagnie? Non, le plaisir qui sort de la connaissance du bien véritable, est un plaisir lumineux et solide, paisible et délicieux, qui ne corrompt point Tamour, mais le soutient, le récompense et, pour ainsi dire, Tachève. Ainsi, quand il s'agit de Dieu, qui est l'Être inûniment parfait, l'aimer et, en l'aimant, trouver en lui notre perfection et notre félicité, c'est tout un. L'amour pur et désintéressé des quiétistes est une chimère. Tout amour est intéressé en ce sens que celui qui aime ne peut détruire en lui-même le désir naturel et invincible du bonheur, et qu'en aimant il est heureux. Mais le véritable amour est désintéressé en ce sens qu'il a pour fin l'objet aimé, qu'il s'y repose, et même d'une certaine manière s'y oublie, non qu'il perde la conscience de lui-même, mais parce qu'il est tout à ce qu'il aime et au plaisir d'aimer*.

1. Si dans ce résumé Je ne me suis pas toujours servi des mots mêmes de 11 alebranche, c*est pour rendre sa pensée avec plus de pr^ cision et de netteté.

186 DBmuiMB PARTIE. — CHAPITRE H.

On le voit, le P. Lamy a amené Malebranche à dire son avis sur la question qui a divisé Bossuetet Fénelon, et tandis que le P. Lamy soutient et parfois exagère Topinion de Féneion, c'est du côté de Bos* suet que Malebranche incline ^

Je ne puis quitter notre ardent bénédictin, sans faire remarquer avec quel zèle il a soutenu la théo* rie des causes occasionnelles. Il a été si loin que Leibnitz a pu lui dire : < Celui qui soutient que Dieu est le seul acteur, pourra aisément se laisser aller jusqu'à dire, avec un auteur moderne fort décrié, que Dieu est Tunique substance et que les créatures ne sont que des modifications passagères ; car jusqu'ici rien n'a mieux marqué la substance que la puissance d'agir^. > Cet auteur moderne fort décrié dont parle Leibnitz, c'est Spinoza. Or, précisément le P. François Lamy a composé une réfutation de Spinoza, C'est encore un trait de ressemblance entre son maître et lui que cette horreur du spinozisme avec des principes qui logiquement

1. « L*«mour désintéressé, dit Leibnitz, nous fait avoir en vne ie plaisir d*autrui, mais comme faisant ou plutôt constituant le nétre; car, s*il ne rejaillissait pas sur nous en quelque fkçon, nous ne pourrions pas nous y intéresser, puisqu*il est impossible, quoi qu*on dise, d*étre détaché du bien propre. » Nouveaux essais^ liv. II, ch. xi« Voyes encore BpisL ad Hansehium (Erdmann, p. 445), § 6 : « Deum •mantibus félicitas inde propria nascitur, • et le reste; — StrUiment iur F amour de Dieu désintéressé^ 1697, et Lettres à Vabbé Nieaise, 1698 et 1699. (Cousin, Pragm. de philos, mod.^ 2« partie, p. 166, 175 et 189.)

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