Rép. aux obj. du P. Lamy. Édit. Erdmann, p
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y aboutissent. Mais ici» comme dans Malebranchéy ce qui retient Tesprit, c'est la foi et la piété.
§ .IV. Boursier.
Boursier est fort intéressant à étudier. II a du talent, et son livre de Y Action de Dieu dans les créatares (1713) contient des pages éloquentes. Puis, ce qui est particulièrement à noter dans Thistoire que nous faisons ici, c'est le dessein de Fauteur dans ce livre. Janséniste convaincu, il se propose de découvrir les rapports de la grâce, telle qu'il l'entend, avec différentes vérités philosophiques. C'est un théologien de l'école d'Arnauld ; mais, plus métaphysicien qu'Ârnauld, il cherche dans la philosophie profondément étudiée, une sorte de soutien ou de confirmation rationnelle à ses doctrines théologiques. Dans cette vue, à quel système s'adresset-il? à celui de Malebranche. Il combat, comme l'avait fait Arnauld, la généralité des voies qui lui semble mettre Dieu dans la dépendance de la créature, l'optimisme qui diminue l'empire souverain de Dieu en l'asservissant à la loi du meilleur, et surtout la théorie de la grâce qui par moments incline au pélagianisme : sur tous ces points, il fait de Malebranche, sans le nommer jamais, une trèsyive critique. Mais, en même temps, il voit à merveille qu'il n'y a pas de philosophie qui, par son
principo fondamental» s'accorde mieux avec le jansénisme ; car il n'y en a pas qui proclame plus haut rimpuissance absolue des créatures. Arnauld avait fait aux causes occasionnelles bien des objections, et il avait Gni paroles rejeter. Boursier critique Tusage que Malebranche en fait par rapport à la Providence ; mais ce qu'il y a d'esseotiel dans la théorie, il le conserve chèrement, il le met dans une vive lumière, il le répète sous toutes les formes, et a recours, pour le justiGer, à une psychologie parfois très-fine, très-pénétrante, très-profonde. Les créatures sont impuissantes. Dieu seul agit; les causes secondes sont dépourvues de toute efficace, ce ne sont vraiment pas des causes: voilà ce qu'il soutient avec Malebranche, et il admet sans hésitation et sans réserve toutes les théories qui supposent ou démontrent ce grand principe. Il prend tout dans la vision en Dieu, parce qu'elle ne laisse à l'esprit aucune efficace ; et il réduit toutes les connaissances à la connaissance de Dieu que Dieu seul opère en nous. Il reproduit la théorie de la volonté, parce que l'impuissance de la créature y est partout montrée. De quelque côté qu'il considère l'âme humaine, il la trouve impuissante et sans action. Quoi qu'elle fasse ou plutôt semble faire, c'est Dieu qui la meut,. qui la prémeut j non pas seulement d'une façon toute morale, par une influence analogue à celle des conseils, mais d'une façon physique^ c'est-
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à-dire réelle, par une action qui opère en nous^ et, ai je rose dire, pour nous, perception, sentimentt
c^ amour, volition. Substituer partout le Créateur à la créature, voilà le dessein de Boursier : quand il sera
' bien établi que, même dans l'ordre naturel, Tàme
ne fait rien, quand il sera prouvé, par les principes d'une haute et savante métaphysique, que cela tient à Tessence même de la créature, combien le triomphe de la grâce efficace des jansénistes sera facile, et quel service la philosophie aura rendu à ce qu'on croit être la raligion même !
Oui, Dieu est la seule cause réelle, immédiate, physique. Car enfin, toutes les modalités des créatures sont autant de degrés d'être : si une créature pouvait se modifier elle-même, elle pourrait donc se donner un degré d'être qu'elle n'avait pas, en d'autres termes, elle pourrait créer en elle quelque chose : ce qui est contradictoire. Il n'en est rien. Dieu crée continuellement toutes les choses existantes avec leurs modalités. Dieu crée continuelle-: ment tous les êtres tels qu'ils sont, et Dieu est vraiment XÉtre des êtres.
Ne sont-ce point là les principes mêmes de Malebranche poussés à leurs dernières conséquences? Ne considérez plus dans sa philosophie que Y action de Dieu dans la créature^ soyez un peu moins touché de la sagesse que de la toute-puissance du Créateur, supprimez par l'adoption de la théorie jan-
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séniste de la grâce, tout contre-poids théologiqae au système philosophique, et vous aurez Boursier. C'est Malebranche devenu janséniste. Nulle part Taffinité naturelle que nous avons constatée entre la métaphysique du méditatif de l'Oratoire et la théologie de Port-Royal n'est plus manifeste qu*ici. Mais eette parenté, Malebranche ne la reconnaît pas^ et il combat comme un adversaire Boursier, qui s'appuie sur ses propres principes. C'est ce qui fait le grand intérêt des Réflexions sur la prémotion physique. Chose singulière, Amauld avait défendu contre Malebranche la liberté et même l'activité des créatures : voici que Malebranche, combattant la prémotion physique, reproche à Boursier de rendre la liberté impossible, déclare que dans la détermination volontaire, l'âme est la cause de ses actes, se raille enfin d'un système où les créatures ne sont plus que des automates, et tout cela en répétant lui-même à chaque instant que Dieu est la seule cause efficace de tous les changements réels qui arrivent dans le monde, et que les causes secondes ne sont que des causes occasionnelles. Dans le système du P. Boursier, selon Malebranche, Dieu est un excellent ouvrier qui fait des statues fort belles, ayant avec lui quelque ressemblance, et qui en joint à toutes la tête avec le corps par une charnière attachée derrière le cou, de telle sorte qu'elles peuvent pencher la tête, et que s'il tire une corde
attachée au ressort, eOes pencheront la tète efiéetirwment. Les statues étant finies, roQYrier tire à toutes la corde qui tient à la détente du ressort, et toutes penchent la tète et lui rendent le salut. Alors il est content de ses statues qui lui ont rendu ce qu*il en attendait. Raillerie ingénieuse et piquante ! Mais m dans le système des causes occasionnelles, n'est-ce donc pas Dieu aussi qui tient la corde et qui la tire?
Quoi qu'il en soit, Malebranche s'efforce de distinguer la détermination physique ou réelle qui ^ Dieu pour auteur, et la détermination morale dont nous sommes maîtres. Les divers consentements que nous donnons aux motifs dont Dieu nous meut, sont bien à nous. L'homme a un vrai pouvoir de suspendre son consentement, de résister ou de céder, de choisir ou de ne pas choisir. C'est ce qui fait sa dignité; c'est ce qui rend la créature capable de mérite, et le Créateur innocent de nos erreurs volontaires et de nos péchés ; c'est ce qui justifie la sagesse de Dieu et sa bonté. Il n'est pas vrai de dire que les consentements soient de nouveaux degrés d'être s'ajoutant à l'être primitif: l'âme a-t-elle plus d'être parce qu'elle aime davantage? non, pas plus qu'une boule n'a plus d'être parce qu'elle a plus de mouvement. Ce n'est donc pas donner à l'Ame la puissance créatrice que de la reconnaître maîtresse de ses actes libres et moraux.
Malebranche ne repousse pas avec moins d'éner-
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gie cette formule qui semble cependant inspirée par lui : < Dieu est Tètre des êtres. > Il en est scandalisé et effrayé; il trouve que < c*est une expression éblouissante et mystérieuse^ » qui n'est propre qu*à tromper Tesprit.
Je ne m*arr6te pas à la défense de la Providence générale. Boursier ne fait point de critique qu*Ar^. nauld et Fénelon n'aient faite avant lui» et les réponses de Malebranche sont toujours les mêmes. A Boursier comme autrefois à Àrnauld, il reproche éloquemment de négliger la sagesse divine pour exalter la toule-puissance du souverain maître et seigneur de toutes choses. Ce que nous devons noter ici, c'est qu'il semble, dans cet ouvrage, se soucier un peu plus de la bonté de Dieu que dans ses autres écrits.
En somme: l"* Boursier a un véritable mérite; 2* il nous fait voir ce que le malebranchisme pouvait devenir, allié au jansénisme vers lequel la théorie de l'inefficace des créatures l'incline naturellement, tandis que la théorie de la Providence l'en détourne ; 3" il a donné à Malebranche vieilli et près de mourir l'occasion d'écrire un de ses meilleurs ouvrages, ces Réflexiotis où sa doctrine est exposée une dernière fois, avec vigueur, avec éclat, par moment avec une ingénieuse viva* cité, et, sur plusieurs points, avec plus de tempérament et de mesure que dans ses autres écrits.
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U8 DISCIPLES DE MALEBRÀIIGHK. i9d
§ V. Le ?• Andfé.
Ce que le P. François Lamy soutient le plus vivor ment peut-être, ce qui fait pour Boursiw toute la valeur du malebranchisme, c*est le principe de Fimpuissance absolue des créatures. Le P. André, jésuite, ce disciple si affectueux et si dévoué de Ma? lebranche, reconnaît l'action de Tàme ^ Il n*a, ditil, aucune peine à Tadmettre. Il déclare « que TAme agit réellement et physiquement en elle-même, qu'elle se modiûe, qu'elle se détermine par une action positive dont elle est véritablement cause efficiente. » Peut-on s'exprimer avec plus de netteté et pluâ de force? c Pour ce qui regarde l'action des esprits sur les corps, et particulièrement J'action de l'âme sur le corps qu'elle anime, il trouve bien quelque difficulté ; mais n'ayant là-dessus aucune démonstration, et d'ailleurs ayant toujours cru que le terme de causes occasionnelles n'exprime pas assez fortement la puissance des esprits ', > il ne trouve aucune raison qui l'empêche d'admettre sur ce point l'opinion commune.
Est-ce là le langage d'un disciple de Malebran-
1* Sur le P. André, voir Gousio, Pragm. de phiios. mod., V partie; et^ dans notre premier volume, le cb. i, p. 3-5» 19-20, 33.
t. Lettre d* André au P. Provincial en réponse au formulaire qu*on voulait lui faire signer, art. 8, 1*' déc. 1712. Remarquons que Maie-, branche vivait encore, et qu* André avait toijgours avec lui les rapports les plus affectueux. (Ck)usin, ouvrage cité ci-dessus, p. 336.)
194 DMXltlUE PIRTIB. — dUPITRB n.
che? Faut*ily pour expliquer cette dissidence si grave, supposer que le P. André ne parle ainsi que par complaisance et par faiblesse? Faut-il croire que cet aveu lui est arraché par la persécution dont il était alors l'objet à cause de son attachement à des doctrines fort peu goûtées dans son Ordre? Non : on peut bien supposer, si Ton veut, que sans les remarques, les objections, les réfutations, les formulaires dont Taccabiaient les Pères Jésuites, André, tout entier à Malebranche, n'eût pas su faire de discernement dans les doctrines de ce mattre tant aimé ; mais ce qui le charmait, ce n'était point cette théorie de l'inefficace des causes secondes : averti, il en a vu facilement les inconvénients, et il ^a renoncé sans peine et sanà faiblesse; elle ne l'avait jamais séduit. Il n'en avait pas besoin pour croire à une intime union entre Dieu et l'âme ; il n'en avait pas besoin pour admettre cette lumière universelle de la Raison qui le pénètre et qui le ré- |
jouit. Les vérités éternelles subsistant en Dieu, l'ordre immuable, loi inviolable deDieu même, les princii>es de la science et ceux de la morale dépendant, non d'un décret arbitraire du Créateur, mais de sa ^
Raison souveraine, la recherche de la vérité deve- j
naut une prière, l'âme rendue tout éclatante de la (
lumière de Dieu, alors qu'elle rentre en elle-mè me et consulté par son attention les idées éternelles , voilà ce qu'André aime dans la philosophie de Ma-
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, LES DMCmBS DIS MÀLEBRÀ1ICb£ . '^^ ''.\
lebranche, voilà ce qui le prend par r&metput en- . '; tière: son esprit est satisfait et son cœur conteiiit;. son imagination, que Malebranche a rendue chré- . /^^ tienne S est charmée de la beauté de ce monde in- • ''^ telUgible ; et sa vive piété s*enflamme encore dans ' : ces méditations métaphysiques. Aussi André ne fai^ , blit^il pas sur ce point ; écoutez sa profession de ^ : foi': « levons déclare» et à toute la compagnie, ! «que je tiens pour indubitable que J&us-Ghrist, en \, tant que Verbe étemel et sagesse personnelle,>e8tt ' f comme parle saint Jean, la lumière ^ritable qui éclaire tous les hommes, et, comme parle saint Augustin, la vérité essentielle qui renferme dans sa \ divine subçtance toutes les vérités immuables, et, comme parle Malebranche, la raison univei'selle des esprits, dans laquelle nous voyons leâ idées de ton- ^ tes les choses que nous connaissons, les mêmes que Dieu voit, sur lesquelles il a formé cet univers, et sur lesquelles il le gouverne. J*admets ce grand et « vaste principe avec toutes ses conséquences, et, par une suite nécessaire, je tiens que ce que nous appe^ Ions les idées, ou Tobjet immédiat de nos esprits, est réellement distingué des perceptions que nous en avons et qui, seules, nous appartiennent effectivement. Je tiens cette opinion plus évidemment démontrée, qu'aucune proposition de géométrie ou