LoUre à Malebranche, 30 avril 1707. (Cousin, p. 440.) v
l. Lettrean P.DavioI, 1709(p. t9k);eiHép,aufarm., art.6(p.3SS)«
i96 DraXliME PÂITU. — CHAPITRE II.
d'arithmétique, puisqu'il n'y a point de démonstra* tion qui ne suppose des idées éternelles, immuables, nécessaires, universelles et par conséquent bien différentes de nos pensées qui toutes ont commencé d'être, sont passagères, contingentes, particulières. Je tiens enfin que la doctrine de la distinction des idées et de nos perceptions est le fondement de toute certitude humaine dans la religion, dans la morale et dans toutes les sciences ; et si quelqu'un « pouvait se vanter d'avoir là-dessus solidement réfuté les raisonnements de saint Augustin et du P. Malebranche, je ne crains point de le dire, pour peu qu'il eût de l'esprit et qu'il suivit ses propres principes, il pourrait se vanter en même temps d'avoir solidement établi le pyrrhonisme. »
Au lieu des idées mettez vérités^ et puis rempla-^ cez la vue des vérités dans la substance divine par une obscure présence de Dieu en l'âme, et cette belle profession de foi philosophique sera irréprochable. Ne dirait-on pas, en la lisant, que le meilleur de f esprit et de l'âme de Malebranche a passé dans l'esprit et dans l'âme d'André? Ce qu'il retient de la doctrine de son maître, c'est le plus solide et le plus beau ; ce qu'il abandonne, c'est ce qu'elle contient de plus faible et de plus dangereux.
Avoir su faire ce choix, garder cette liberté d'esprit quand on a vu Malebranche, qu'on l'a entendu, et que l'on a été si profondément remué par son
LES DISCIPLES DE MALEBRANGHb. 497
r^ard et sa parole, lui être attaché par le cœur et par Tesprit, et ne pas suivre aveuglément sa doctrine, alors même qu*on en est charmé, alors qu*on Taime jusqu'à souffrir pour elle, c'est la preuve, si je ne me trompe, d'une intelligence qui n*est point médiocre, et d'un courage philosophique qu'il faut admirer en même temps que la constante fidélité h des opinions persécutées.
Un autre trait que je veux signaler dans le P. André, c'est le dessein de réformer l'enseignement de la philosophie. André est un professeur. Placé dans la plus délicate des situations, chargé de l'enseignement philosophique dans les collèges d'un Ordre qui a une philosophie officielle dont il se sépare en plus d'un point important, il entre en de grandes perplexités, il a de cruelles angoisses, et, dans-son embarras, il s'adresse à Malebranche luimême. Gomment s'y prendra-t-il pour faire son cours? Il ne veut pas choquer ses supérieurs sans motif grave; il ne veut pas surtout blesser les intérêts de la vérité. Il est décidé à être sincère ; parler contre sa conscience, dicter à ses élèves des choses qu'il croirait fausses, ce serait manquer à ce qu'il doit à Dieu, le mattre par excellence. Et puis, dans son respect pour les élèves qui lui sont confiés, il s'inquiète : il a peur de leur fausser l'esprit, de les engager dans l'erreur ; il ne veut pas manquer à la charité qu'il leur doit. L'âme d'André se montre à
i98 DEUXIÈHB PAITIK. — CHAPITRE II.
nu dans cette lettre : sa timidité et sa fermeté, son respect pour ses supérieurs et la délicatesse de sa conscience philosophique, sa grande idée de la mission du professeur, Testime et Tamour des âmes, enfin le sentiment religieux très-vif qui Tanime. La réponse de Malebranche est pleine de sagesse et de modération : c*est de sa propre philosophie qu^il s*agit; par André, elle peut entrer dans les écoles, et, chose piquante, c'est dans les collèges mêmes des Jésuites qu'elle peut être enseignée. Si Descartes ou Leibnitz avaient rencontré une pareille occasion d'introduire dans la société de Jésus leurs principes philosophiques, ils en eussent profité avec ardeur et habileté. Malebranche ne songe qu'à son ami, et il n'a qu'une chose à cœur, c'est de lui indiquer le moyen de ne rien faire qui blesse la conscience et de ne pas s'attirer, s'il se peut, de trouble et de tracasseries.
c J'ai reçu avec une extrême joie la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, parce que j'espère que le temps adoucira toutes choses et que même Ton aura honte des peines qu'on vous a faites. Votre attachement pour la Société et votre prudence vous gagnera pour amis ceux mêmes qui vous ont persécuté. C'est ce que j'espère et ce que je désire. Vous me demandez un conseil sur une chose qui dépend de la situation de l'esprit de ceux avec qui vous serez et que je ne puis deviner.... Je
byGooQle