‹ La philosophie de Malebranche (volume 4)Chapitre 25 sur 93 · Béfkx, philos, et tfiéoL, I, ch. vjix · texte numérisé non relu

Béfkx, philos, et tfiéoL, I, ch. vjix

2. Voici le canon entier : « Si quis dixerit liberum hominis arbîtriam, a Deo motum et excitatum, nihil cooperari assentiendo Deo excitanti aique vocanti^ quo ad oblinendam justificationis gratiam se disponat ac prseparet, neque posse dissentire si velit : sed veiuti inanimé quoddam nihil omnino agere, mereque passive se habere : anathema sit. »

par elle-même à un bien particulier l'impression qu'elle reçoit de Dieu vers le bien ea général. La cause occasionnelle est dbnc une vraie cause. Dieu nous jKiussant vers le bien est comme l'air poussé indifféremment dans les tuyaux d'un orgue; nos mouvements libres, ce sont les mains de l'oi^aniste >roduiseat tels ou tels sons. Où est ici la cause able? N'est-elle pas celle que vous appelez sionnelle'? De quelque côté que l'on envisage hoses dans le monde moral, les deux inconvé- Is opposés de la théorie reparaissent toujours, événements humains sont présentés comme mite nécessaire de l'ordre de ia nature : ce qui légrader les hommes, les faire agir en bètes, lépouiller du libre arbitre. Mais Dieu n'agispas par des volontés particulières, n'a plus, à u'il semble, le pouvoir de remuer les cœurs, et lus, les événements humains étant des suites ois générales, beaucoup de choses arrivent, ce die, sans dessein, et Dieu, asservi aux causes sionnelles de son action, exécute tout dans ce !me, mais n'or^o;me pas assez*. .

Les causes occasionnelles dans le monde moitant des natures intelligentes qui ont de l'afon pour nous, et par cette affection détermi- . la volonté générale de la cause universelle à

nous faire du bien, comment espérer que la persuasion de l'inefficace des causes secondes nous empêche de les aimer et nous attache plus fortement à Dieu ? Les bénéfices en France sont conférés par le pape : le roi n'est que la cause occasionnelle de leur collation. Mais c'efet de la faveur du roi qu'on les attend, et on recherche cette faveur, et, pour l'obtenir, on caresse lés ministres du roi et les valets des ministres. C'est un paradoxe insoutenable, et une maxime opposée à toute vraie morale, que de vouloir que nous n'ayons ni gratitude ni amour pour les causes occasionnelles qui déterminent la cause générale à nous faire du bien. D'ailleurs, il n'est pas vrai que nous ne devions aimer uniquement que Dieu. Pour Dieu seul, nous devons avoir cet amour que saint Augustin appelle dilectionem mansoriam : oui , c'est en Dieu seul que notre amour peut se reposer et se fixer comme en son suprême objet et en sa fin bienheureuse. Mais quoi ! sera-t-il défendu aux enfants d'aimer leur père comme leur ayant donné la vie, parce qu'il ne la leur a donnée que comme cause seconde et cjérivée ! C'est le renversement de toute la morale. Mais au moment même où cette théorie étouffe dans notre cœur tout sentiment pour les créatures, elle nous porte d'un autre côté à les aimer bien davantage, en nous les faisant considérer comme les causes occasionnelles de l'action divine : t car

enfin on aime plus celui qui nous fait un bienfait en pensant à nous, que celui qui nous l'aurait fait sans avoir un dessein particulier de nous procurer du bien*. >

6* Prétendre que Dieu n'a pu avoir en créant l'univers d'autre dessein que l'Incarnation, c'est avancer une pensée nouvelle que la théologie n'autorise pas ; et dire, pour la justifier, que Dieu ne peut vouloir agir au dehors que pour se procurer un honneur digne de lui, c'est soutenir une autre nouveauté sans trouver, ni dans l'enseignement théologique, ni dans la raison, aucune preuve à l'appui*.

7° Que Ion se conforme donc à la règle que Malebranche répète si souvent et observe si mal ; que l'on consulte, mais sans parti-pris, l'idée de l'Etre infiniment parfait : on trouvera que Dieu n'a pu être porté à créer que par une bonté toute gratuite, par une libérale effusion de son être sur toutes les choses qu'il a rendues capables d'y participer en leur communiquant ce qu'il lui a plu. Ce n'est donc que par l'afifluence de ses biens infinis dont il était de sa grandeur, et de sa bonté qu'il fît quelque part à ce qui -ne pouvait avoir d'être que par la communication qu'il lui en ferait, qu'il s'est résolu à créer le monde. Il est vrai de dire

1. Réflex. philos, et IhéoL, I, ch. xvui. Voir aussi ch. xk et xx.

Page 1