‹ La philosophie de Malebranche (volume 4)Chapitre 51 sur 93 · Essais de Théodicée^ m · texte numérisé non relu

Essais de Théodicée^ m

?. De ipsa natura et de vi insUa creaiurarum. Erdïnann, p. f 54 . 3. Lettre ui«à ReiQond de Montmort. Erdmann, p. 704. T. n. H

une fois pour toutes? Au fond, c'est la même chose. Malebranche n'admet-il pas que tout est réglé d'avance ? et Leibnilz ne pense-t-il pas que Dieu opère à chaque instant dans les créatures? Otez donc aux êtres créés toute activité externe : il n'y a plus entre les substances ou les forces qui composent l'univers qu'une correspondance tout idéale. Leibnitz n'a donc corrigé qu'à moitié l'erreur fondamentale de Malebranche, et il est entraîné à son tour aux mêmes conséquences fâcheuses.

Voyons maintenant comment la Providence est conçue dans les deux systèmes.

Dans une lettre du 14 décembre 1711 ', Malebranche remercie Leibnitz qui vient de lui envoyer les Essais de Théodicée. U ne dissimule pas la satisfaction avec laquelle il a lu cet ouvrage. U y a retrouvé ses principes les plus chers : là, comme dans les Entretiens métaphysiques et dans les Méditations j Dieu suit inviolablement la loi de l'ordre, se détermine au meilleur, choisit parmi les mondes possibles celui qui, par l'excellence même de l'ouvrage et la sagesse des voies, offre la plus grande perfection concevable. Après avoir signalé cet accord entre les deux doctrines, Malebranche, déve-

1. Cousin, Fragm, de philos, mod,^ 2« partie, 6« letire, p. 67. «Je vous avoue, dit Malebranche à Leibnitz, que les ouvrages de M. B(ayle) m*ont souvent irrité, et je loue votre zèle et en môme temps votre modération dans la manière dont vous réAitez ses pensées dangereuses et séduisantes. »

loppant les conséquences qui lui semblent sortir légitimement des principes posés, écrit : c Dieu a prévu le péché du premier homme et toutes ses suites; il pouvait l'empêcher. Oui, mais il ne le devait pas. Car, en demeurant immobile à la chute de Thomme, il exprime par là que le culte de la plus excellente des créatures n'est rien par rapport à lui ; son immobilité porte le caractère de sa divinité et de son infinité qu'il démentirait s'il mettait sa complaisance dans quelque créature, quelque excellente qu'elle soit. 11 a en vue Jésus-Christ qui divinise le culte de ses créatures... C'est là son vrai et premier dessein. La chute du premier homme le favorise, i Leibnitz répond excellemment : € Je ne sais pas s'il faudra recourir à cet expédient, que Dieu demeurant immobile à la chute de l'homme et la permettant, marque que les plus excellentes créatures ne sont rien par rapport à lui ; car on en pourrait abuser, et inférer que le bien et le salut des créatures lui est indifférent, ce qui pourrait revenir au despotisme des supralapsaires et diminuer l'amour qu'on doit à Dieu. Dans le fond, rien nelui est indifférent, et aucune créature ni action de la créature n'est comptée pour rien chez lui, quoiqu'elles soient comme rien en comparaison de lui ^ » Ces lettres marquent bien la grande ressemblance

Page 1