LA CAUSE PREMIÈRE ET LES CAUSES SECONDES
par ce don même ont Tétonnante vertu d'agir avec spontanéité et liberté.
11 faut donc répéter avec Malebranche que Dieu, dans son infinie sagesse, se sert, pour Taccomplissement de ses desseins, aussi bien des causes libres que des causes nécessaires. Mais il ne faut pas, comme Malebranche, ne prononcer qu'à regret ce mot de cause appliqué aux créatures. Il ne faut pas que ce mot fasse peur, et que, pour se rassurer, on s'empresse d'y ajouter des épithètes qui en atténuent la force, ou plutôt qui en détruisent le vrai sens. C'est par respect pour Dieu qu'on fait tout cela. Mais ce sont là, si je l'ose dire, des artifices indignes de la majesté divine qu'on prétend exalter. Malebranche nous exhorte à nous bien pénétrer de l'idée de la perfection, et il pense qu'alors nous concevrons qu'à Dieu seul peut appartenir la puissance ou l'efficace. Dociles à son conseil, pénétrons-nous plus encore, s'il est possible, de cette grande idée, considérons mieux encore ce que Dieu est, sans cesser d'avoir les yeux sur les œuvres de Dieu même, et nous comprendrons, je crois, que les œuvres du Créateur ne sont pas des choses inertes et mortes, mais bien des choses animées et agissantes, pleines de vie et d'énergie, cpya Ii^^jol xal Ivepya, selon les belles expressions d'un ancien ; les œuvres de Dieu sont vraiment des êtres, c'est-à-dire des substances.
des causes, des agents qui opèrent eux-mêmes avec Dieu et par Dieu. Ni l'âme ni même les forces naturelles ne sont de simples causes occasionnelles. Si la cause est vraiment cause, quoique dérivée, quoique créée, ne l'appelez pas occasionnelle : car ce second mot lui ôtant l'action que le premier lui accorde et sans laquelle elle ne serait plus une cause, l'esprit se trouble. D'un autre côté, si vous supposez qu'elle n'agit pas, et c'est bien pour cela que vous la nommez occasionnelle, supprimez donc le mot de cause : car pourquoi le conserver quand il est dénué de sens ? et si par hasard c'est pour laisser à la créature un semblant d'activité quand vous lui refusez toute réelle efficace, pourquoi ces apparentes concessions à l'opinion commune que vous déclarez si hautement fausse et même impie? Mais non : ce n'est point pour déguiser ses hardiesses que Malebranche emploie ce vieux mot, et il ne songe à tromper personne sur sa véritable pensée. La force invincible du sens commun, la nécessité de maintenir la liberté pour ne pas renverser les notions morales, voilà ce qui lui fait conserver, comme malgré lui, ce mot de cause appliqué aux créatures, en même temps qu'il proclame que c'est un terme applicable, en son vrai sens, à Dieu seul. Pour nous, c'est sans effroi et sans défiance, que nous en usons à propos des êtres créés. Il y a plus : si nous ne l'appliquions aux êtres créés qu'en un sens dé^