LA CAOSE PREMIÈRE ET LES CAUSES SECONDES. 36S
tourné et inexact, nous croirions ne plus pouvoir l'appliquer à Dieu. Et voici pourquoi :
La cause véritable est celle qui fait quelque chose : et je prends ici le mot faire dans toute sa force : la cause fait, effîcit, itoieï. C'est la caus ficiente, duva^ttf noiïiTtx'/i. Elle ne fait point c substance ce qu'elle produit, elle ne le tire ] d'elle-même: ce qu'elle tire d'elle-même, c't - puissance d'agir, c'est la vertu productrice ; aussi l'idée de ce qu'elle produit, le type qi réalise. Mais ce qu'elle fait n'est- pas elle, e substantiellement rien d'elle. Dans ce livre oi pensée s'exprime, il n'y a rien de ma substa j'ai fait cet ordre et cet arrangement des mots reproduisent l'ordre et l'arrangement des ic mais je ne suis pas là, quoique cela ne soit qui moi. Il en est de même dans le monde moral. Q j'agis sur celui que j'instruis, que je forme, q façonne, je semble me donner à lui, et on dirai je mets en lui mes pensées, mes sentiment d'une certaine manière tout mon être : mais lui communique pas ma substance ; je reste vidueilement distinct de lui et lui distinct de Ici je remarque une très-grande et très-prol différence entre mes actes et mes œuvres. Je pa: je m'écoule pour ainsi dire dans mes actes; j< tout entier et substantiellement dans mes acte plutôt mes actes c'est moi ; et si je possédais
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tivité infinie et parfaite, cette dernière expression serait rigonreusement vraie. Mais les choses faites par moi ne sont pas moi : si elles étaient moi, elles ne seraient plus choses faites, elles seraient mes actes mêmes et non mes œuvres, et moi, par rapport à elles, je serais ce qu*est la substance pour ses modes, non ce qu'est la cause pour ses effets. Ce que le fais est quelque chose qui, tout en n'étant que par moi, n'est pas moi. Ce que je fais a .une certaine existence propre qui le distingue de moi son auteur. Seulement, comme je n'agis jamais que sur des choses préexistantes à mon action, je modifie ce qui est, et ne crée rien : ce que je fais n'est jamais que manière d'être, et non être. Quand mon action est très-puissante, je façonne si bien la matière que je lui donne un semblant de vie, ou je forme tellement les âmes que j'ai l'air, nous l'avons déjà remarqué, d'y mettre presque les facultés que je ne fais qu'exciter et éveiller. Cela m'est un indice que ce qu'une cause peut produire de plus excellent, ce n'est point une machine où elle agit seule et immédiatement, mais c'est une œuvre vivante qui en apparence se passe d'elle : c'est là que sa puissance éclate le plus. Mais il est trop clair que je ne puis rien Jaire de vraiment vivant : je ne puis que susciter des forces vives qui ne tiennent point de moi leur être. Maintenant donc supposons que rien au dehors de moi ne préexiste à mon action, ni matière