Entret. métaph,, i
2, Entrée, métaph., v, 5.
THÉORtK DE LA CONNAISSANCE. 247
pour cela une modalité. Cette idée ne devient sensible ou ne se fait sentir que parce que la substance intelligible de la raison agit dans Tânie et lui imprime une telle modalité ou un tel sentiment.
Ainsi, nous ne connaissons que Dieu, nous île iSôtumes touchés que par Dieu, t Le sentiment est aûô modification de notre âme, et c'est Dieu qui la câtiigô en nous... l'idée est en Dieu et nous l'y voyons. *► Dieu produit en nous la connaissance, il produit le sentiment. Ces modalités de notre être sôtttdes actions deDieu en nous. Dieu n'est pas seu*leméût l'objet unique de la connaissance, il en est la catisemème. Il ne se montre pas seulement, il sejait Doit dans toute la force du terme. Toujours présent à l'esprit, il se découvre selon certaines lois qu'il a établies lui-même. Est-ce à l'occasion de notre attention excitée en nous par lui, qu'il nous montre et nou.s fait voir, dans sa substance toute lumineuse, ce que nous souhaitons de connaître? Alors nous connaissons véritablement, la pure lumière de l'idée nous éclaire. Est-ce à l'occasion d'un mouvement du cerveau, prévu, réglé, produit par lui, qu'il nous découvre une partie de son infinie substance? Alors nous connaissons encore , mais aussi nous sentons, à l'idée claire se mêle un sentiment confus. L'idée est divine, le sentiment est une modification de notre être; mais, s'il faUt distinguer profondément de l'idée qui éclaire le sentiment qui touche,
il faut dans le sentiment, aussi bien que dans la perception de l'idée, voir l'action de Dieu : soit que nous connaissions, soit que nous sentions ou imaginions, la cause des modifications de notre être, c'est toujours Dieu et Dieu seul ^
Platon, qui plaçait au-dessus du monde visible le monde des idées, établissait entre la connaissance pure ou la pensée et la sensation ou perception sensible une distinction profonde. Mais il ne prétendait pas que chaque corps particulier eût besoin, pour être aperçu, de la lumière de l'idée. Il admettait qu'on ne peut avoir de connaissance véritable qu'en remontant aux idées; mais pourquoi? Parce que connaître véritablement, c'est avoir la science, et il n'y a pas de science de ce qui passe, et dans les idées seules se trouve un élément de permanence et de généralité. Il disait donc que les choses sen-
1. Dans le sixième Éclaircissement ^ Malebranche recominaiide de a faire une sérieuse réflexion sur ces vérités : que les corps ne peuvent agir sur les esprits ni se faire voir à eux; et que ceux qu'on regarde en ouvrant les yeux sont bien dififérents des idées qui les représentent et qui nous affectent; que notre àme ne trouve sa lumière^ sa vie et sa nourriture qu'en Dieu ; qu'elle ne peut avoir de rapport immédiat et direct qu'à lui ; et que le rapport qu'elle a avec son corps, et ceux qui l'environnent, dépend nécessairement de celui qu'elle a avec la substance efficace et lumineuse de la Divinité : substance qui nous découvre les créatures comme possibles^ ou comme existanleSy ou comme nous appartenantes y selon les diverses manières dont elle nous affecte, en tant qu'elle en est représentative ; comme possibles, si la perception dont l'idée nous affecte est pure ; comme existantes, si la perception est sensible -, et comme nous appartenantes et faisant partie de nous-mêmes, si elle est fort intéressante et fort vive : telle qu'est la douleur. » Ce texte est très-remarquable : la théorie que nous étudions y est résumée d'une façon fort vive.
sibles, à vrai dire, ne peuvent être connues. Elles deviennent toujours, et ne sont jamais; on ne saisit par la sensation que des apparences, des phénomènes; on porte sur ces apparences des jugements (dogâÇetv), jugements qui peuvent être vrais, mais qui, étant irrationnels («Xt^oi), ne sont jamais que des opinions dépourvues de tout caractère scientifique. Voilà ce que Platon pensait des données sensibles. Comme elles sont particulières et fugitives, il les déclarait incapables de servir de principe à la science, incapables d'être en elles-mêmes un objet de connaissance rationnelle. Mais il ne niait pas que le particulier, en tant que particulier, fût aperçu par les sens ; il ne supprimait pas la perception directe du sensible en tant que sensible ; en un mot, il maintenait la connaissance expérimentale du monde matériel, et il n'y a dans sa philosophie rien qui ressemble à une vision des corps en Dieu.
Saint Augustin, comme Platon , voit TinsufiBsance des données sensibles, et il incline même à refuser le nom de connaissance à la perception par les sens. Mais il ne songe pas plus que Platon à chercher dans les idées divines l'origine de la connaissance des corps, et dans une action immédiate de Dieu sur l'âme l'origine du sentiment grâce auquel l'idée, selon Malebranche, nous modifie sensiblement. II admet la perception dii^ecte des choses. Nous entrons par les sens en communication avec
l6 monde des corps et nous saisissons les objets ma* tériels en recevant l'impression qti'ils font ôW nous; puis, nous dégageant avec effort deis imageis sensibles, nous nous élevons par la raison à là oofi* naissance véritable, à la connaissance de pure ititel- Hgence. Or, saisir les choses par les sens, c*est les apercevoir en elles-mêmes, c'est-^à-dire dans leur réalité individuelle; les connaître véritablement, d*tine manière purement intelligible, c'est les ecmnaître dans la raison même selon laquelle elles ont été faites, dans le modèle et le type qu'elles e%pti^ ment, dans l'immuable vérité où leur essenea ôobsiâte éternellement*. « Toutes les merveille^ de la création sont autrement connues des anges dans le Verbe de Dieu, où elles ont leurs causés et leurs raisons éternellement subsistantes selon lesquelles elles ont été faites, qu'elles ne peuvent être connues en elles-mêmes. Ici, connaissance obscure qui ii'atteint que les ouvrages deTart; là, connaissance claire qui atteint l'art lui-même^. » Ces textes sont décisifs. Saint Augustin n'imagine entre les objets
1. « Multura enim differt utnim in ea ratione agnoscalur aliquid secundum quam faclum est, an in seipso. Sicut aliter scitur rectitude lin««rum seu veritas fignrarum, quum intellectu conspicilur, aliter quum in pulvere scribitur; et aliter justitia in veritate incommutabili, aliter in anima jiisti. » {De civil, Dei, lib. XI, cap. 29.) II faut remarquer que, pour Platon, connaître les choses en elles-mêmes, c'est les connaître dans -leur essence ; pour saint Augustin, ces mots in MÎpso, ou encore, in sua natura (De Gènes, ad litt.^ lib. V, cap. 17) désignent, non pas l'essence idéale, mais la réalité substantielle.
2, De civil, Deiy lib. XI, cap. 29.
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sensibles et nous aucun intermédiaire : point d'êtres représentatifs *, point de vision en Dieu : nous connaissons les ouvrages de Dieu en eux-mêmes^ nous en avons la perception directe, nons sommes réellement en communication avec le monde sensible. G'dst seulement pour avoir la notion et la science des» choses qu'il nous faut entrer dans le monde in« telligible*. Je ne puis trop remarquer cette opposition si simplement et si nettement exprimée paf ces mots : connaître une chose en elle-même, la connaître dans son essence : peut-on mieux marquer les limites où l'idéalisme doit s'arrêter? Cette limite, Malebranche l'a franchie.
€ J'avoue, dit-il lui-même, que saint Augustin n'a jamais dit que l'on voyait les corps en Dieu. Il n'avait garde de le dire, lui qui croyait qu'on voyait les objets en eux-mêmes, ou par des images corpo* relies^ ; et que les couleurs qui les rendent visibles
1. Plotln avait fait justice de la théorie des idées-images^ admise, de son temps, «par un dogmatisme vulgaire, isôu du stoïcisme. » (Essai sur la métaphysique d'Aristote, par M. Ravaissou, t. 11, p. 404.) « Le» formes sensibles ne sauraient être ni de» empreintes (Ivaçpai^îaet;), ni des impressions (àvreptiaeiç), ni des images (ruTctiaeiç) ; il û'y a dans l'âme aucune empreinte semblable à celle d'un cachet sur la cire, et l'opération même par laquelle elle perçoit les ebose» sensibles est une espèce de pensée. » (Enn. IV, m, 26.)
2. Saint Thomas distingue de même entre la connaissance par le» sens ou perception des objets matériels, et la connaissance par l'intellect ou connaissance rationnelle de ces mômes objets. Et dans la connaissance rationnelle, il sait faire la part de notre activité intellectuelle tout en montrant uotre esprit éclairé dans son travail par la lumière diyiiie. Voir Somme tkéohg.j I, q. lxxxtv, art. 1 et 5; et q. lxxxv, art. 1 M 2.