‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 106 sur 237 · Médit, chrêt., ix · texte numérisé non relu

Médit, chrêt., ix

dans sa propre contemplation au lieu d'aller à Dieu. « Dieu ne t'a pas fait pour ne penser qu'à toi, dit le Verbe à son fidèle disciple. Il t'a fait pour lui. Ainsi je ne te découvrirai point l'idée de ton être que dans le temps heureux auquel la vue de l'essence même de ton Dieu effacera toutes tes beautés et te fera mépriser tout ce que tu es pour ne penser qu*à la contempler ^ »

Ainsi, la nécessité de tenir l'âme unie au corps en cette vie, l'excellence même et la beauté de l'âme qui, vues clairement, raviraient notre attention et notre amour au point de nous rendre incapables de penser à autre chose, le danger où cette contemplation de nous-mêmes nous exposerait en nous détournant de nos devoirs et de Dieu, voilà les raisons principales pour lesquelles Dieu n'a pas voulu qu'en cette vie nous eussions de notre âme une idée claire. Descartes prétend que l'âme est plus aisée à connaître que le corps : il faut s'entendre. Les corps sont en eux-mêmes tout à fait invisibles; mais nous les voyons clairement dans l'idée de l'étendue. L'âme se sent elle-même, mais nous ne la voyons pas. Si donc l'on veut parler d'une connaissance expérimentale, celle que nous avons de l'âme étant très-intime et très-vive, l'âme est plus aisée à connaître que le corps, et même de

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