Rech, de la vér., liv. III, part, ii, ch. vu
en consultant les idées. Ce que nous voyons quand nous connaissons les objets matériels, ce ne sont pas ces objets eux-mêmes, mais les idées divines qui les représentent. C'est en Dieu aussi que nous voyons les vérités immuables et les lois éternelles. C'est dans sa substance souverainement intelligible que nous découvrons, soit les rapports de grandeur, soit les rapports de perfection, et quand nous les découvrons, nous voyons les mêmes vérités que Dieu voit * , nous les voyons dans la même lumière, nous voyons Dieu. Enfin, quand nous pensons à l'Etre indéterminé, à l'Etre infini qui € est à lui-même son idée, » il est clair qu'alors l'unique objet et en même temps l'unique cause de notre pensée, c'est Dieu même 'K Nous sommes donc unis étroitement à la souveraine raison, et Dieu agit sans cesse sur notre esprit pour l'éclairer. Nous comprenons maintenant que la raison n'est pas nous et n'est pas à nous : lumière incréée, lumière illuminante, elle est le Verbe divin luimême ; notre esprit, qui est à nous et qui est nous, n'est qu'une lumière créée, lumière illuminée, qui reçoit du Verbe divin toutes les idées par lesquelles •il connaît ^. Ou encore, la raison, le Verbe, c'est le
1. Traité de morale, I, ch. i. — Voir le X^ éclaire, à la Rech, de la vér,
2. Entret. métaph,, ii, 5; vi, l. Lettre au P. Lamy, citée plus haut, p. 140.
3. Médit, chrét.^ i, 27. — Entret, métaph.^ m, 4. « La raison
Maître intérieur qui sans cesse parle au plus secret de notre être ; et notre esprit, c'est le disciple qui interroge et qui écoute*. Non, il n'y a pas d'être créé qui soit lumière et puissance à notre égard ^; Dieu est la cause universelle qui fait tout en toutes choses, immédiatement et par lui-même ^. « Ne sens-tu pas, ô âme, que la lumière de ta raison t'est toujours présente, qu'elle habite en toi, et que lorsque tu rentres en toi-même, tu en deviens tout éclairée ? N'entends-tu pas qu'elle te répond par
elle-même d'abord que tu l'interroges, lorsque tu
sais l'interroger par une attention sérieuse, lorsque tes sens et tes passions sont dans le silence?... Quoi! mon Jésus, c'est donc vous-même qui me parlez dans le plus secret de ma raison ? C'est donc votre voix que j'entends?.... Quoi! c'est vous seul qui éclairez tous les hommes ! Hélas ! que j'étais stupide lorsque je pensais que les créatures me parlaient quand vous me répondiez? Que j'étais superbe, lorsque je m'imaginais que j'étais ma lumière à moi-même, quand vous m'éclairiez ! Que j'étais insensé, lorsque je voulais rendre aux in-
crééCy noire âme, l'esprit humain, les intelligences les plus pures et les plus sublimes, peuvent bien voir la lumière, mais ils ne peuvent
la produire Ils ne peuvent se nourrir de leur propre substance.
Ils ne peuvent trouver la vie des intelligences que dans la raison universelle qui anime tous les esprits. »