Morale eiMédiL chréi
2. Rech. de la vér.^ passim. — Médit. chréUy xvui, 8-24. — Entret, méLf IV, à la fin ; X, au commencement ; xin, 8.
bieas solides et des vérités certaines. > Théodore l'instruit et le convertit. C'est Éraste, jeune homme que le commerce du mondç n'a point encore gâté, qui, initié par ce même Théodore aux secrets de la philosophie, se dégoûte à tout jamais des choses humaines et va s'enfermer dans un cloître pour ne plus s'appliquer qu'à la recherche de la vérité et des vrais biens * . Ailleurs, c'est un Ariste, bel esprit, fort rempli des préjugés de l'ignorance vulgaire ou de la fausse science, que Théodore encore détrompe peu à peu et rend capable, non-seulement de comprendre et de goûter les vrais principes, mais de les défendre et d'en instruire les autres. Théodore, c'est Malebranche lui-même. Qu'on l'écoute encore exposant les moyens dont une ingénieuse charité peut user pour guérir « la corruption du cœur et l'aveuglement de l'esprit^. » Les ressources d'une psychologie très-fine et très-perspicace sont mises au service de la morale et de la religion, et l'on devine ce que Malebranche devait avoir de délicatesse et d'agrément quand il espérait de faire pénétrer dans une âme les principes de la foi et
ceux de sa philosophie, c Le philosophe et le bel esprit, dit-il au commencement de son premier En-^ treiien sur la mort y sont naturellement incompatibles lorsqu'ils veulent toujours conserver leur carac-
4. Convers. ckréL Voir surtout le premier entrelien et le dernier. 2. EntreL met, , iv, 20.
tère. Mais Théotime (c'est le philosophe) s'humanisait souvent par le plaisir qu'il trouvait dans les agréables pensées d'Ariste (le bel esprit), ou peutêtre par un sentiment plus chrétien et plus relevé : semblable à celui de la souveraine Raison qui a bien voulu prendre une nature et des manières sensibles pour s'accommoder à la faiblesse des hommes qui n'écoutent que leurs sens. Et Ariste, de son côté, faisait effort de temps en temps pour rentrer en luimême et consulter, de concert avec Théotime, la vérité intérieure. » Voilà les entretiens que Malebranche aimaic. Il se plaisait à éclairer ces âmes droites dont il nous a tracé la peinture dans ses Méditations^ âmes remplies d'un fort grand amour pour la vérité, attentives, ne suivant que la lumière de l'évidence, ne se soumettant qu'à l'autorité de la foi, ne croyant jamais les hommes à leur parole, ne se rendant qu'à la raison, ne s'arrètant point aux manières, n'ayant enfin ni entêtement ni préjugé, ni rien qui sente la dispute et le parti. A ceux qui avaient ces qualités ou qui s'efforçaient de les acquérir, il communiquait avec joie ses pensées. Quel accent de conviction ! € Il faut être pénétré pour toucher les autres. > Quel respect pour le Maître intérieur et quelle humilité! « En la présence du Dieu vivant, il faut être ventre à terre. » Quel soin pour ne pas scandaliser les faibles ! Quelle application pour leur ôter tout sujet de chute ! « Ils ne voient
point à leurs pieds : on doit ranger les pierres qui se trouvent dans le chemin des aveugles. » Enfin que de € surprises charitables :> pour faire aimer la vérité ! € Attribue aux autres des pensées solides qu'ils n'expriment qu'à demi et qu'ils n'ont peut^ être pas... Afin que l'homme aime la vérité, il faut qu'elle lui appartienne et qu'elle le touche, il faut qu'il la regarde comme une production de son esprit ^ i>
C'est ainsi sans doute qu'il en usa avec Condé pendant ces trois jours passés à Chantilly en sérieux entretiens. Au retour il écrivait : « M. le Prince est un esprit vif, pénétrant, net, et que je crois ferme dans la vérité lorsqu'il la connaît ; mais il veut voir clair... Il aime la vérité et je crois qu'il en est touché^. y> Et le prince, de son côté, déclarait que le P. Malebranche lui avait plus parlé de Dieu en quelques heures que son directeur pendant des années entières. C'est ainsi encore qu'appuyés sur d'irrécusables témoignages, nous nous représentons Malebranche initiant aux secrets des sciences Prestet, ce domestique qui devenu, grâce à lui, prêtre de l'Oratoire et mathématicien distingué, lui voua une éternelle reconnaissance ; ^Carré, qui fut aussi son protégé et prit pour lui un tendre attachement; Dortous de Mairan, qui, après vingt-sept ans passés,