Médît. chréL, xviii, li
2. Blampignon, Corresp, inéd,, p. 21 (lettre du 18 août 1683).
parlait encore *avec une admiration émue de ce maître dont cependant il ne partageait plus lés doc- .trines. Enfin, c'est sous ces traits et avec ce même air que les témoignages les plus véridiques nous le montrent, dans ces^ graves et familières causeries avec le marquis de l'Hôpital, le marquis d'Âllemans, le duc de la Force, le duc de Chevreuse, ou avec les femmes d'élite que sa philosophie enchantait. Tel il apparût à André et le séduisit; tel il fut avec d'Aguesseau et fit sur lui une durable impression; tel € il voulut bien quelquefois se mêler des études » du jeune Saint-Simon, qui ne cessa point d'admirer en lui € cette rare simplicité et cette piété solide t^ unies à une si € grande science » et à tant de réputation ^ C'était dans toutes les occasions la même bienveillance naturelle et parfaite, avec je ne sais quelle grâce austère et un désir manifeste de faire du bien à l'âme; point d'expansion, mais une bonté
retenue et sereine, € accommodante > encore qu'un peu sévère ^j rien de trop éclatant, de peur d'arrêter l'esprit au sensible, mais un égal soin et de rendre la vérité aimable par quelque chose qui flat-
1, Fontenelle, Éloge de Carré. — Mairan, Éloge de Vahhé de Mo- Hères. Mémoires de l'Académie des sciences, année 1742. — André À Mcdehranche, 22 octobre 1706. Cousin, ouvrage déjà cité, p. 425. — D*Aguesseau, Deuxième instruction à son fils, — Mémoires de Saint-Simon, éd. de M. Chéruel, in-12, t. XI, p. 148.
2. Journal des Savants, 1715. — Lettres d' André à'Malebranche et au P. Lelong. On trouve les mots « accommodant, philosophe bon eœur^* appliqués à Mal ebranche. André parie. de lui comme d'un 2)èr<?, 4'un consolateur, etc.
tâl les sens, et de dissiper, d'anéantir, de sacrifier le sensible à la vue de la vérité, où il devait conduire^ Quand on le voyait et qu'on l'entendait dans l'intimité, on était gagné à sa personne en même temps qu'à ses doctrines. On subissait son ascendant, on était sous le charme; et, pour plusieurs, le charme ne devait point se rompre. € Jamais philosophe, selon l'heureuse et juste expression de Fontenelle, jamris philosophe n'a eu des disciples plus persuadés ^. > Il inspira même de vives et ardentes amitiés, et il sut y répondre. Seulement, et c'est là encore un trait de caractère, il craignit toujours, à ce qu'il semble, d'en trop goûter les douceurs : loin de s'y laisser aller et d'en jouir avec abandon, il songeait plutôt à les tempérer, à les régler y à les perjectionner^ c'est-à-dire à en ôter tout le vif et l'humain pour n'y laisser que l'amour calme de la vérité intelligible, recherchée et possédée en commun. C'était € le goût des mêmes sciences qui le faisait l'ami intime^ » de ceux qu'il estimait et chérissait ; et il voulait que « Jésus-Christ fût le lien de ces amitiés raisonnables et chrétiennés *. ^ Ainsi, dans ses entretiens, « tout menait à Dieu comme à sa fin unique : la [force de son es-
1. Bech. de lavér.y\ly part. I, ch. m, à la fin. C'est un endroit délicieux.