Ibid,, IV
0. Ibid.f III, 23, 24. — Préface de la Rech. de la vérité. T. I. 20
fait pour elle, nous détournons d*elle nos regards. Si nous pouvions la bien contempler, elle nous pénétrerait d'amour et de joie. Sa nature est telle, qu'elle doit être aimée par raison, et Ton aime par raison quand le mouvement de l'âme est déterminé par la vue claire de l'esprit, lorsqu'on voit clairement que ce qu'on aime est bon, ou capable d'augmenter sa perfection ou son bonheur. Vue clairement, la beauté de l'ordre nous ravirait ; mais précisément, le péché ne nous permet pas de la bien voir : elle nous laisse froids et insensibles au moment même où les plaisirs sensibles très-vife et très-agréables nous entraînent. Dans ce misérable état, pour rétablir l'équilibre et nous rendre notre libre arbitre, il faut que l'ordre se fasse sentir avant même de se faire voir clairement, et que cette délectation prévenante, nous déterminant comme par instinct vers le vrai bien, nous rende capables de combattre le plaisir sensible qui, par instinct, nous détermine à de fausses apparences. Alors nous trouvons de la douceur dans l'exercice de la vertu. Une sainte concupiscence contre-balance la concupiscence criminelle : la grâce nous rend notre liberté ^ Ainsi, l'amour véritable doit naître ou procéder de la lumière, conforme en cela à son
1 . Il s'agit ici de la grâce que Maiebranche appelle grâce de senti* ment, par opposition à la grâce de lumière. Voir le chapitre vn du présent volume.
principe et à son modèle, l'amour substantiel et divin; il doit être uniquement réglé par la raison ; le plaisir actuel n'en doit pas être uniquement le principe ou le motif : qu'il l'accompagne, qu'il le soutienne, qu'il en soit la récompense, mais qu'il n'en corrompe pas la pureté K Le péché ayant tout bouleversé, les plaisirs sensibles séduisant et dominant l'âme, la raison parlant bas et ne flattant pas, pour la faire écouter il faut qu'un sentiment agréable prévienne en sa faveur ; et voilà pourquoi, dans l'ordre de la grâce, l'âme est attirée à l'amour de l'ordre, du vrai bien, de Dieu par la douceur du plaisir^, conforme à la raison, mais prévenant là raison: redevenue vraiment libre par ce secours, l'âme peut, suivant l'impression delà grâce par son choix, y consentir non pas seulement volontairement, mais librement, et ainsi aimer Dieu non plus par instinct et par le goût du plaisir, mais par raison, par la connaissance qu'elle a qu'il est aimable, étant le bien même et la cause de tous nos plaisirs et de toutes nos joies. Dans cette âme réformée sur le divin modèle ^, la raison domine, le plaisir accompagne et suit: c'est la loi, c'est la perfection, c'est la félicité. « Lorsqu'on aime Dieu, on est parfait, lorsqu'on en jouit on est heureux; et