Traité de la nature et de la grâce. Disc. III, art
2. Rech, de la ver., III, part, ii, ch. vi. — Médit, chrét,, xiv, 5 et passim, — Traité de la nature et de la grâce, Disc. III, art. 1. — Morale^ I, ch. III, 15. « Toute la lumière vient donc du Verbe, tout le mouvement vient de l'Esprit saint; puisqu'enfin Dieu seul agit, et qu'il n'agit que par la sagesse qui Téclaire et par Tamour qu'il se porte h lui-même. »
nous connaissons, nous aimons, et si nous connaissons et n'aimons qu'en Dieu et par Dieu, c'est que nous ne sommes qu'en Dieu et par Dieu; et la dernière raison de tout cela, c'est que Dieu fest l'Être. Celui-là seul est par soi, connaît par soi, aime par soi, qui est l'Être, l'Être tout court, l'Être sans restriction, et lui seul agit efficacement, produisant par son incessante opération l'être, la connaissance et l'amour dans toutes les créatures qui sont représentées dans sa substance, qui y participent, qui la limitent, qui l'expriment, images finies et imparfaites de l'Être indéterminé et parfait.
Ainsi toute la métaphysique est dans cette double théorie de la connaissance et de l'amour. Dans ces hautes spéculations, Malebranche, disciple de saint Augustin, et par saint Augustin, de Platon, dépasse de beaucoup Descartes. Nous avons vu combien la théorie cartésienne de la connaissance et it indécise et incomplète. Il en est de même de la théorie de la volonté.
Descartes fait dépendre le bien de la volonté divine qui, d'ailleurs, ne peut être que bonne, étant la volonté de l'être parfait : théorie peu consistante, contradictoire si on la presse, destructive et du bien et de la perfection divine si on la prend à la lettre.
L'idéal de la volonté pour Descartes , c'est la pleine et absolue indifférence : cette indifférence qui, de son aveu même, est dans l'homme le plus
bas degré de la libertés est conçue comme Tessence même de la liberté divine. Dans l'homme, elle dénote plutôt un défaut dans la connaissance qif une perfection dans la volonté; en Dieu elle apparaît comme seule compatible avec la souveraine indépendance ; et voici la raison que .Descartes en donne : l'homme trouvant le bien établi et constitué avant de le vouloir, serait entièrement libre sans être jamais indifférent, s'il connaissait toujours clairement ce qui est bon ^ : il suffit de bien j uger pour bien faire ^. Mais en Dieu la volonté constituant elle-même le bien n'est pas déterminée par l'entendement : antérieurement à ses décrets il n*y a rien, elle est indifférente à tout, c'est elle qui détermine le vrai et le bien.
A la place de cette théorie que trouvons-nous dans Malebranche? Nous l'avons vu tout à l'heure : la volonté divine assujettie à la sagesse divine, et le bien et l'ordre identifiés avec Dieu. L'indifférence absolue, pour Malebranche, n'est pas la souveraine indépendance, mais bien le caprice, le hasard, la vaine agitation de la volonté dans les ténèbres. Hésiter dans son choix parce qu'on voit mal, c'est une marque de faiblesse et d'imperfection. Ne pas voir du tout et se déterminer sans raison, serait-ce donc