‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 130 sur 237 · Discours de la méthode, III · texte numérisé non relu

Discours de la méthode, III

être fort et parfait? Non, la volonté parfaite est celle qui se détermine dans la pleine lumière ; la volonté parfaite procède de la connaissance parfaite. Mais Dieu n'a besoin pour aimer et vouloir d'aucune impression étrangère, de mèma que pour voir et connaître il n'a besoin d'aucune lumière extérieure : renfermant en soi toutes les perfections, il est le bien; se connaissant tel qu'il est, il s'aime, et il connaît et il aime en soi tout le créé, représenté dans ses divines idées et participant à sa substance. S'aimant soi-même d'un amour souverain et aimant les choses créées selon leur prix, telles qu'il les voit dans sa substance où les êtres intelligibles sont renfermés, il est l'ordre même comme il est le bien et parce qu'il est le bien. Ainsi sa volonté n'est point indifférente puisqu'elle aime le bien et selon l'ordre, mais elle n'a d'autre principe ni d'autre fin que lui-même puisqu'il est le bien et l'ordre.

Contrairement à Descartes et d'accord av«c saint Augustin ^ , Malebranche établit donc ces deux choses : premièrement la volonté de Dieu ne détermine pas le bien par son acte, mais est déterminée par le bien même ; elle n'agit pas avec une toute-

1. Voyez surtout De Triniiale, lib. VIII, cap. ni, où saint Augustin montre admirablement que Dieu est le bien ; et Episi, 101, où il dit que Dieu ne peut point faire Tabsurde, ou ce dont il n'y a point de raison : « Quum hoc Deum non posse dicimus, non derogamus potestati ejuS; sed setemitatem veritatemque laudamus, »

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puissance aveugle, mais elle agit éclairée par la sagesse ; secondement le bien, non plus que la vérité, n'est pas quelque chose qui soit séparé de Dieu, c'est d'une certaine façon Dieu, même ^ Théorie excellente si ces mots de bien indéterminé ou de bien en général, répétés si souvent par Malebranche, ne trahissaient pas la même préoccupation et ne ramenaient pas le même danger que les mots d'être indéterminé ou d'être en général appliqués à Dieu dans la théorie des idées.

Redescendant à l'homme, Malebranche, toujours inspiré et soutenu par saint Augustin, explique la volonté 2 d'une manière bien autrement profonde que Descartes.

Descartes regarde l'admiration comme la première de toutes les passions, comme la passion mère : vue étroite. Malebranche déclare que l'admiration est une passion imparfaite où tous les caractères des passions ne se retrouvent point ; et il maintient que ce qui met tout en branle dans l'âme, c'est l'inclination. Descartes parle du plaisir, mais il n'en explique pas la nature. Malebranche montre que le plaisir est le goût du bien présent, distingue entre les plaisirs prévenants qui devancent et surprennent la raison et les plaisirs réfléchis qui l'accompagnent et la suivent; fait voir

1 . V. les textes de saint Thomas cités p. 218 ; et puis Somme, I, vi.

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