Médit, chréL II
font qu'une. Les créatures sont causes occasionneUèSy et déterminent l'auteur de la nature à agir de telle et telle manière en telle et telle rencontre. Voilà ce qui explique les rapports des êtres entre eux et ce qui motive leur existence. Le lien qui paraît entre eux n'est pas dans leur action, mais dans les lois gui règlent l'action divine; la raison de leur existence substantielle n'est pas dans leur activité réelle et véritable, mais dans le rôle qu'ils ont à remplir à titre dé causes occasionnelles de l'action divine. Au fond Dieu seul agit ; et pourtant les substances créées ont entre elles des relations, et elles ne sont pas inutiles. Elles n'agissent pas les unes sur les autres, mais il y a une exacte correspondance entre les modalités des unes et les modalités des autres. Les corps ne remuent point les corps, c'est Dieu qui meut le corps choquant, c'est Dieu qui meut le corps choqué ; la force mouvante d'un corps n'est que l'efficace de la volonté divine qui le conserve successivement en différents lieux. Mais l'action de Dieu est réglée par des lois sages, et la rencontre ou le choc des corps est la cause occasionnelle de la distribution de leur mouvement selon ces lois générales que Dieu a établies. Ainsi, point d'efficace appartenant aux corps, mais Taction divine toujours efficace et toujours réglée; point de communication réelle entre les corps , mais une harmonie constante entre leurs modahtés,
parce que Dieu les meut selon des lois fix^. Les rapports de l'âme et du corps s'expliquent de ta même manière. Le corps ne peut rien sur l'âme, ni l'âme sur le corps ; l'union qui est entre ces deux substances est à vrai dire une union idéale, et non point réelle : elles sont l'une et l'autre unies immédiatement à Dieu seul qui les accorde, et cet accord fait toute leur union. Or, qu'est-ce au fond que cet accord, sinon l'action efficace de Dieu réglée par certaines lois? Dieu meut le corps, et Dieu produit dans l'âme certains sentiments : entre ces sentiments et le mouvement du corps il y a harmonie, l'efficace divine obéit aux lois qu'elle s'impose à elle-même. Dieu produit dans l'âme un désir, et Dieu opère dans le corps un mouvement correspondant à ce désir : qu'est-ce que ce désir, sinon la cause occasionnelle de ce mouvement du corps? Et pourquoi cette cause occasionnelle détermine-t-elle Dieu à agir, sinon parce que Dieu à établi entre ses volontés toujours efficaces et nos désirs toujours impuissants un accord constant? Il est donc vrai de dire qu'entre les deux parties dont nous sommes composés il y a dépendance et union : mais < ce n'est que la réciprocation mutuelle de nos modalités , appuyée sur le fondement inébranlable des décrets divins : décrets qui, par leur efficace, me communiquent la puissance que j'ai sur mon corps, et, par lui, sur quelques autres; décrets qui par
leur immutabilité m'unissent à mon corps, et par lui, à mes amis, à mes biens, à tout ce qui m'environne. > Non, c je ne puis de moi-même remuer les bras, changer de place, de situation, de posture, faire aux autres hommes ni bien ni mal, mettre dans l'univers le moindre changement. Me voilà dans le monde sans aucune puissance, immobile comme un roc, stupide, pour ainsi dire, comme une souche. Que mon âme soit unie à mon corps si étroitement qu'il me plaira..., quel avantage tirerai-je de cette union imaginaire? Comment ferai-je pour remuer seulement le bout du doigt, pour prononcer seulement un monosyllabe?... Il n'y a que le créateur des corps qui puisse en être le moteur. Dieu a voulu que mon bras fût remué dans l'instant que je le voudrais moi-même (je suppose les conditions nécessaires), sa volonté est efficace, elle est immuable. Voilà d'où je tire ma puissance et mes facultés ^ »
Ainsi toutes les créatures ne sont unies immédiatement qu'à Dieu seul ; et si tout paraît lié dans le monde, ce n'est pas que les êtres créés exercent les uns sur les autres une action véritable, mais les décrets divins sont les liens indissolubles de toutes les parties de l'univers et l'enchaînement merveilleux de la subordination de toutes les causes. Ces
t. EnireL métaph.vUf 13.
causes ne sOnt que les occasions qui déterminent l'action divine * : voilà leur rôle, voilà leur raison d'être; et ainsi les rapports mutuels des créatures et leur existence se trouvent expliqués sans qu'il soit porté atteinte à la toute-puissante action de Dieu.
Les lois générales des communications des mouvements expliquent tous les changements que nous voyons dans l'univers matériel. Par ces lois. Dieu fait tout ce que font les causes secondes^. Les lois générales de l'union de l'âme et du corps expliquent la dépendance de ces deux substances et les effets qui en résultent : par elles, Dieu nous unit à tous ses ouvrages. L'âme recevant de Dieu qui l'éclairé toutes ses idées, c'est encore suivant certaines lois générales qu'est réglée cette union de la créature avec la substance intelligible de la raison universelle, et la cause occasionnelle de ces lois c'est notre attention. Par ces lois. Dieu nous rend capables de penser. Si nous ajoutons à ces trois lois générales connues par la raison et l'expérience, les lois de la grâce, dont il sera parlé plus loin, nous saurons par quel ensemble de lois générales Dieu accomplit ses desseins dans le cours ordinaire de sa providence ; nous comprendrons comment il fait et règle tout.
1 . « Dieu accommode Tefficace de son action à V action inefficace de ses créatures. » Eniret. métaph., vn, 10.