Lettre VIII. — Édil. Garaier, t. III, p
2. Lettre à Arnauld, juillet 1648. — Édit. Garaier, t. IV, p. 201, texte latin; p. 206, version de Clerselier iils.
faut pas oublier non plus que la théorie de la création continuée s'appliquant à l'âme comme au corps, l'âme est créée à chaque instant avec toutes ses manières d'être. Enfin Descartes, parlant de la Providence divine, écrit ces mots étranges ; c Elle est comme une fatalité ou une nécessité immense. » Et, malgré tout cela, je maintiens qu'entre Descartes et Malebranche la différence est grande. Dans Descartes, la créature est plutôt rattachée de toutes parts qu'intimement unie au Créatepr. Ëcoutez-le : il aime à parler des facultés, des puissances de l'homme; ces puissances viennent de Dieu, ne subsistent et ne s'exercent que par le concours divin ; mais, avec ce concours, elles sont quelque chose. La lumière naturelle qu'il invoque si souvent, cette lumière par laquelle l'homme discerne le vrai du faux, elle est dans l'homme, elle est à l'homme, elle est l'homme même d'une certaine façon. Elle est donnée de Dieu, mais elle n'est pas la lumière divine. Elle ne trompe pas, parce que Dieu, de qui elle vient, n'est pas trompeur; mais elle n'est pas Dieu même immédiatement uni à l'esprit et y opérant la vision de toutes choses. De mêrne pour la volonté : Descartes admet que la Providence réglant toutes choses, assujettit à ses desseins et à son action notre libre volonté; il dit que nous ne voulons et ne faisons rien qu'avec le concours divin, mais il- ne cherche
pas dans une continaelle impression de la volonté divine sur nous l'origine des mouvements de la volonté humaine. Ici encore il affirme la dépendance, il ne montre pas l'union. Le Dieu de Descartes fait les êtres, mais ces êtres qu'il crée continuellement ne sont pas en lui. Il ne les éclaire pas de sa lumière, il ne les anime pas de son amour, il ne les nourrit pas de sa substance. Il est leur auteur, leur maître tout-puissant. Il n'est pas leur raison, leur vie, j'allais dire leur être.
Malebranche, plus profond, mais hardi jusqu'à la témérité, va jusqu'au bout des principes reconnus par Descartes ; et il arrive à ôter aux créatures toute efiBicace. En vain saint Augustin , son autre maître, maintient-il l'opinion contraire. Cette grande autorité ne l'émeut ni ne l'embarrasse. Les textes qu'on pourrait lui opposer, il les connaît bien; mais il déclare que là saint Augustin c a parlé selon les préjugés; > puis, s'emparant d'autres textes où la toute-puissante action de Dieu est fortement affirmée, il croit y trouver la négation de l'efficace des causes secondes, et prétend que là le saint docteur s'explique d'une manière qui découvre la disposition de son esprit et de son cœur. J'avoue que Malebranche dopne une règle de critique excellente; la voici textuellement : « Lorsqu'un auteur