Th. -H. Martin^ PhU. spirit. de la nat.y t. I, p
Texalter qu'il dit qu'elles ne font rien, qu'elles ne peuvent rien. Il ne dira jamais : elles ne sont pas. Il leur laissera une existence diminuée, amoindrie, réduite presque à rien, c'est possible, mais il la leur laissera, parce que la supprimer ce serait corrompre l'idée de Dieu, et, par suite, nier son existence. Ainsi, après cette théorie de la cause où l'inefficace des êtres créés est si nettement affirmée, Malebranche devait, ce semble, anéantir les créatures : il les conserve; il devait identifier Dieu et le monde : il maintient la personnalité divine; Dieu est l'unique cause, mais il n'est pas l'unique substance.
Nous voilà arrivés à ce qu'on peut appeler proprement la théodiçée de Malebranche.
Descartes s'efforce d'établir solidement l'existence de Dieu par des preuves inattaquables : méditant sur cette grande vérité, il a toujours en vue la négation ou le doute qui peuvent la menacer et l'atteindre, et il travaille à repousser l'ennemi.
Malebranche s'applique à constater la présence et l'action de l'être infini dans l'esprit humain et dans les choses. Découvrir en tout Dieu que tout suppose*, c'est là son dessein; et, arrivant dans l'analyse de l'intelligence à la plus simple et à la
1. « Quelle difficulté y a-t-il à reconnaître qu'il y a un Dieu? Tout ce que Dieu a fait le prouve; tout ce que les hommes et les bètes font
première de toutes les idées, l'idée de l'être, condition de toute pensée, il pçétend y trouver l'affirmation inévitable de l'existence nécessaire de Dieu, cette idée de l'être étant Dieu même présent à l'esprit et vu par l'esprit.
Ainsi Malebranche établit l'existence de Dieu sans commencer par la mettre en question; et, s'approchant de Dieu par degrés, il suit sa marche dialectique sans penser à combattre ceux qui pourraient nier^a vérité dont la lumière l'enveloppe et le pénètre. Seulement, dans un chapitre de la Recherche de la /^eW/e, voulant signaler les erreurs où l'amour des plaisirs sensibles peut nous jeter, il prend pour exemple l'indifférence et même l'opposition que rencontre daiis les esprits cette preuve de Dieu par l'idée de l'être, preuve si simple pourtant et si claire *. Là, il l'explique tout au long, il la défend contre ceux qui l'attaquent, il montre comment les hommes préoccupés par les sens n'en peuvent être frappés. Présentée tout d'abord à un esprit non préparé, elle semble obscure ou vaine, et bien des gens qui se disent philosophes n'en comprennent
le prouve -, tout ce que nous pensons, tout ce que nous voyons, tout ce que nous sentons le prouve : en un mot il n'y a rien qui ne prouve l'existence de Dieu ou. qui ne la puisse prouver à des esprits attentif» et qui s'appliquent sérieusement à rechercher l'auteur de toutes choses. » Rech, delà vér.j liv. IV, ch. u, 3.
1. Rech. de la vér.y liv. TV, ch. xi, 2. — Voir encore Rech,, liv. VI, part, ii, ch. vi, où cette preuve est appelée a preuve de simple vue. »
pas la solidité. Défendre cette preuve, c'est, pour Malebranche, défendre toute sa philosophie, qui s'y résume. De là son ardeur à la justifier. Il Ta empruntée à Descartes, il l'appelle lui-même la preuve de M. Descartes; mais il l'a modifiée. Pour la faire entendre plus distinctement, il y a ajouté quelque chose. Et quoi donc? une explication d'après les principes de la théorie des idées. Si dans la créature l'essence peut se distinguer de l'existence et ne la suppose pas, c'est que la créature n'a pas besoin d'être pour être vue, parce qu'elle est par ellemême inintelligible et incapable d'agir sur l'esprit : tandis que l'être infiniment parfait ne peut être vu qu'en lui-même et non par une idée qui le représente. Au lieu de dire avec Descartes que l'existence étant une perfection l'être parfait ne peut pas ne pas exister, Malebranche dit d'une façon plus simple et plus profonde : L'être parfait ne peut être vu qu'en lui-même : si donc on y pense, il faut qu'il soit. Mais qui ne voit que la preuve ainsi présentée est tout à fait conforme au système de Malebranche et qu'elle en est comme l'expression abrégée? Voilà pourquoi il la préfère à toutes les preuves, l'appelant la plus belle et la plus relevée, la première, la plus solide qu'on puisse donner.
Il faut remarquer que Malebranche apporte à cette preuve empruntée à Descartes une autre modification dont il ne semble pas se douter. A l'idée
de l'être parfait, il substitue l'idée de l'être, ou plutôt il identifie l'être parfait et l'être indéterminé ou l'être tout court, comme il dit encore. Confusion naturelle, son système étant donné. Nous en avons déjà, dans la théorie de la connaissance, montré les dangers : il est inutile d'y revenir.
Mais ce Dieu, dont l'existence est incontestable, quel est-il? Peut-on savoir quelque chose de sa nature? Malebranche se contentera - 1 - il d'affirmer qu'il est, qu'il est l'Être infini, le modèle intelligible des choses, l'archétype des corps, la raison souveraine? S'il veut aller plus avant, quelle méthode suivra-t-iP?
Pour tâcher de découvrir les attributs divins, il suit à peu près les mêmes règles que Descartes : seulement il les exprime à sa manière et en termes conformes à son système. Descartes déclare qu'il est de la nature de l'infini qu'un être fini ne le puisse comprendre, puis il juge que toutes les choses qu'il conçoit clairement et dans lesquelles il sait qu'il y a quelque perfection, sont en Dieu formellement et éminemment. Malebranche répète' sans cesse que Dieu est incompréhensible et que tout jugement qui n'est point formé sur la notion de l'être infiniment parfait, de l'être incompréhensible, n'est pas digne de la Divinité : il faut n'attribuer à Dieu que des