‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 151 sur 237 · Voyez surtout le Vlll* Entretien métaphysique · texte numérisé non relu

Voyez surtout le Vlll* Entretien métaphysique

attributs incompréhensibles, parce que Dieu c'est rinfini en tout sens, que rien de fini ne lui convient, et que tout ce qui est infini en tout sens est en toutes manières incompréhensible à l'esprit humain. Yoilà le grand principe que Malebranche recommande de ne jamais perdre de vue. En s'y conformant, on ne mesure point Dieu sur l'humanité, mais on prend la notion vaste et immense de l'être sans restriction pour mesurer par elle la Divinité ; et, comme on ne juge de Dieu ni par soi-même ni sur les idées qui représentent les créatures, on ne lui attribue rien qui ne soit digne de lui, rien qui ne lui convienne : ne comprenant pas clairement ce qu'on dit de lui, on sait du moins avec certitude, et même on comprend, qu'il est tel qu'on le conçoit. Il est vrai que l'on trouve dans les créatures quelque chose d'analogue à ce que l'on met en Dieu ^ ; l'âme nous présente comme un léger crayon des attributs divins; et, rien n'existant qu'en Dieu et que par Dieu, les choses les plus imparfaites, les plus éloignées de la Divinité, comme la matière, répondent encore, quoique très-imparfaitement, à quelque attribut de la Divinité elle-même. Mais, si l'on conçoit

1. Comparez ce que dit saint Thomas {Somme théologiqitej I, q. xni, art. 5). « Aliqua dicuntur de Deo et creaturis, analogice, et non aequivoce pure, neque pure univoce. Non enim possumus nominare Deum, nisi ex creaturis^. Et sic quidquid dicitur de Deo et creaturis dicitur secundum quod est aliquis ordo creaturse ad Deum, ut ad principium et causam, in qua prœexistunt excellenter omnes rerum perfectiones. »

ea Dieu ces mêmes choses dont les êtres créés nous offrent l'image ou l'ombre, ce n'est point parce qu'elles sont dans les êtres créés, c'est parce qu'elles sont des réalités et des perfections ; et en Dieu on les conçoit ne tenant plus rien du néant, et n'étant point bornées par des limitations semblables à celles des créatures. Tout ce qui est créé est « un composé de néant et d'être^. » Dieu, qui donne aux choses créées leur réalité, la possède : il possède toutes les perfections des créatures sans leurs limitations.

Appuyé sur ce principe, Malebranche essaie de concevoir la Divinité telle qu'elle est. Dans l'univers cartésien, il y a deux sortes de substances j les substances étendues et les substances pensantes. Dieu est-il un corps? Il est clair que non : entre l'idée de corps et l'idée de l'être infini, l'incompatibilité est manifeste. Dieu est-il un esprit? Malebranche veut bien qu'on emploie ce mot en parlant de Dieu, mais à la condition qu'on l'explique. Citons en entier une page remarquable où il expose tout au long sa pensée :

« Les hommes font un jugement précipité quand ils jugent comme un principe indubitable que toute substance est corps ou esprit. Mais ils 5n tirent encore une conclusion précipitée, lorsqu'ils con-

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