Entret. mélaph,, ix
nécessairement les êtres créés, ces êtres ne sont plus faits par lui; ils sont des émanations de sa substance, et il en faut revenir à ces chimères et à ces absurdités qui ont été écartées il n'y a qu'un instant ^ : il faut donc renverser l'idée de la perfection divine. Ou la création n'est pas ou elle est un acte libre. Ainsi la raison de créer n'est pas dans un besoin du Créateur. Les choses existent en vertu d'un décret arbitraire : qu'elles soient ou qu'elles ne soient pas. Dieu n'en est pas moins tout ce qu'il est ^*
Mais s'il est vrai que Dieu pouvait créer ou ne créer pas, il est vrai aussi qu'il a dû avoir, pour créer, une raison, un motif, non pas invincible, meiis suffisant^.
Est-ce donc par bonté que Dieu a créé? Mais si Dieu a créé par bonté, voilà que le terme de son action est hors de lui, pour ainsi dire, dans la créature: ce qui est contradictoire; car l'Être infiniment parfait, qui s'aime invinciblement lui-même plus que tout le reste et qui n'aime rien que par rapport à soi, par la nécessité même de sa nature excellente, cet être, dis-je, ne peut avoir, en agissant, d'autre fin que lui-même. D'ailleurs, si la
1. Yoïr Entret, métapKj ix, 2, et le passage de l&ix^ Médilalion, cité et étudié plus haut, p. 359-366.