Entret. métaph.y ix
2. Entret, métaph,, ix, 4. Voir encore le Traité de la nature et de la grâce y et les Réflexions sur la prémotion physique.
d'ôter, au moins en apparence, à la créature, le caractère qui lui convient, et de lui donner quelque chose qui approcherait des attributs divins ^ .« Dieu ne doit jamais rien faire qui démente ses qualités, et il doit laisser aux créatures essentiellement dépendantes toutes les marques de leur dépendance. Or, le caractère essentiel de la dépendance, c'est de n'avoir point été. Un monde éternel paraît être une émanation nécessaire de la divinité ^. » Ainsi pour décider que l'infinité et l'éternité ne'peuvent être attribuées à l'univers, c'est assez qu'elles paraissent supprimer la dépendance essentielle de la créature, qu'elles en ôtent les marques. Et pourtant, il faut que cette créature qui doit conserver toutes les marques de sa dépendance, reçoive un caractère divin ; et précisément l'infinité et l'éternité qu'on voudrait lui prêter n'étant point la vraie éternité ni la vraie infinité, puisqu'elles ne supprimeraient ni la division ni la succession, elles ne réussiraient point encore à communiquer à l'ouvrage de Dieu ce caractère divin qu'il doit avoir. Il faut donc chercher ailleurs le moyen de faire sortir l'univers de son état profane ^.
1. Eniret. métapk, ix, 5. — Voir ce que Malebranche dit de Vinfinie petitesse dans la Recherche de la vérité, liv. I, cli. vi.
2. EnlreL métaph., ix, 7. — Traité de la nat, et de la gr.y I, i, 4.
3. « Un monde profane étant indigne de Dieu^ la sagesse de Dieu le rendait pour ainsi dire impuissant , ou rempôchait d'agir. » Traité de la nat. et de la gr,^ Disc. I, part, i, art. 1.
Il faut recourir à la foi. Cet appel à la foi ne doit pas nous étonner de la part de Malebranche. Nous savons ce qu'il pensait des rapports de la raison et de la foi, comment il les entendait dans la théorie et dans la pratique, et nous l'avons vu déjà demander à la révélation la solution d'une question philosophique. Sans le témoignage de la Bible, il ne croirait pas la démonstration de l'existence du monde extérieur suffisamment établie. Ici, sans la foi, il demeurerait court*, et ne trouverait pas à l'action du Créateur de motif digne d'elle qui pût l'expliquer. Mais la foi lui montre Jésus-Christ, c'est-à-dire le Verbe éternel incarné. Cette incarnation de Dieu sanctifie l'univers ^ et lui donne un prix infini. L'union d'une personne divine à l'ouvrage du Créateur rend cet ouvrage digne de l'action divine, en fait un objet légitime de la complaisance infinie de Dieu, et procure à Dieu une gloire « réchauffée, pour ainsi dire, d'un éclat infini *. » Voilà enfin le monde rendu divin sans perdre sa dépendance essen-