Ibid.j XI
LE MONDE, OirVRAGE DE DIEU, 409
et tout est si bien lié que le moindre changement dans ce premier mouvement qui décide de tout eût produit un autre univers, un ordre de choses tout différent de celui qui existe. Descartes n'a point parlé de cela. Voilà donc, je ne dirai pas une troisième dissidence, mais une troisième différence entre Malebranche et Descartes.
Que si maintenant nous lisons à la suite ces trente ou quarante pages des Entretiens métaphysiques où les démarches de Dieu sont racontées S et que nou? laissions de côté tout souci de critique, de quoi demeurerons-nous frappés? Ce mélange de hardiesse et d'humilité, cette rigueur scientifique et cette poésie, cette « contemplation de ce qui nous passe, > prolongée jusqu'au moment où l'esprit est réduit à « un silence forcé ^ » en présence des incompréhensibles perfections de Dieu, tout cela communique à ces pages une singulière beauté. C'est alors que la différence qui existe entre Descartes et Malebranche éclate plus vivement encore que dans les points particuliers, si importants qu'ils soient. Descartes a parlé d'un monde indéfini. Que Malebranche s'empare de cet aperçu ! et voilà qu'il confond notre esprit par le spectacle de l'extrême grandeur et de l'extrême petitesse, passant de ces astres innombrables d'un volume prodigieux et d'un éclat si