Ibid.y liv. II, part, i, ch. viit
Il est utile de se faire une grande idée des choses auxquelles on veut s'appliquer, cette admiration donne du courage et stimule l'attention : mais veillez, car autrement elle remplira votre esprit, le préoccupera, ou même l'abattra devant la grandeur de l'objet qui vous étonne, et vous serez incapable de penser*. La liaison qui existe entre l'enfant nouveau-né et sa mère ou sa nourrice est nécessaire et avantageuse : mais si cette première éducation est manquée, l'enfant s'en ressentira longtemps et peut-être toujours : entretenu de niaiseries et de contes ridicules ou capables de faire peur, îl gardera fort longtemps une certaine bassesse et timidité d'esprit, et à l'âge de quinze et de vingt ans, il aura encore tout l'esprit de sa nourrice^. Il faut savoir donner à la vérité un tour agréable et la rendre touchante pour la faire accepter des hommes; mais si vous avez l'imagination vive et dominante, c'est un malheur pour vous et un grand danger pour les autres : vous êtes visionnaire, en proie à une sorte de folie, qui vous fait voir les choses avec des proportions qu'elles n'ont pas, et vous avez dans votre air et dans vos paroles je ne sais quoi de fier, de décisif, qui trouble les autres, leur impose vos vues et vos sentiments, et répand en eux vos propres passions par une communication contagieuse^.