Rech, de la vér.f liv. VI, part, n, ch. vn
que Descartes, et il y porte les sentiments de piété d'un disciple de saint Augustin.
Arrivons maintenant à l'union de l'esprit avec la souveraine Raison. Ici l'union est immédiate et réelle. C'est Dieu qui agit, comme dans les cas précédents, mais c'est à Dieu même que l'action divine nous unit. Dieu seul est notre lumière, nous le savons; il est seul notre maître : seul il nous éclaire et nous instruit. Il est la cause^efficace de la connaissance. Or, c'est d'une manière réglée que Dieu se communique aux esprits qu'il éclaire, les unit à lui, et les unit entre eux. Il y a des lois générales de l'union des esprits à la Sagesse éternelle. L'attention ne produit pas la lumière, elle ne crée pas les idées, elle n'opère pas la connaissance ; mais elle est une prière naturelle par laquelle nous demandons à Dieu d'être éclairés ; elle est un désir, un efifort, un travail qui appelle la lumière, qui la mérite, qui l'obtient ; elle est donc la cause occasionnelle de la connaissance. La regarder comme la cause véritable, c'est oublier l'opération de Dieu pour ne voir que l'effort de notre désir, effort impuissant par lui-même, quoique indispensable, et qui devrait nous convaincre de notre impuissance. Mais la croire inutile ou agir comme si on la croyait inutile, c'est renverser, autant qu'il est en soi, l'ordre établi par Dieu ; c'est vouloir qu'il nous éclaire par une volonté particulière et capricieuse : Dieu n'en fera
rien. L'homme doit travailler de l'esprit pour vivre de la vie de l'esprit : c'est une nécessité absolue. On ne peut découvrir la vérité sans le travail de l'attention, parce qu'il n'y a que le travail de l'attention qui ait la lumière pour récompense *. Ainsi des lois générales règlent l'union des esprits à la Raison universelle, et c'est par ces lois que Dieu exécute tous les desseins qu'il a commis à des natures intelligentes. Il faut bien remarquer qu'ici les êtres que Dieu fait agir sont libres : libres pour être capables de mériter; libres aussi, parce que rien ne pouvait mieux faire éclater la sagesse de la Providence de Dieu, et sa qualité de scrutateur des cœurs, que de se servir aussi heureusement des causes libres que des causes nécessaires^ pour l'exécution de ses desseins-.
1. Traité de morale^ I, ch. v et vi. — Médit, chrét,, m; xiii, 12.
2. Entret. métaph., xii, 10. — Bech» de la vér,^ éclaire, xv, 6« preuve. — Traité de la nat, et de la gr.^ dise. III, part. i. — Réflex, surlaprém.phys., § 10. « Quoique Dieu soit Tunique cause de toutes les modalités ou de tous les changements réels qui sont dans les substances, je soutiens et j*ai toujours soutenu que Tàme était Tunique cause de ses actes, c'est-à-dire de ses déterminations libres ou de ses consentements bons ou mauvais moralement, quoique toujours dépendamment de Taction de Dieu en elle. . . J*ai toujours soutenu que Tâme était active, mais que ses actes ne produisaient rien de physiquey ou ne mettaient par eux-mêmes, par leur efficace propre, aucunes modalités nouvelles, aucun changement physique, ni dans le corps, ni dans elle-même. » — g 12. L'âme a un vrai pouvoir de consentir ou de résister aux motions naturelles qui suivent des perceptions intéressantes. — g 18. La liberté est nécessaire au mérite, et les hommages rendus à Dieu par une âme sans liberté n*ont pas plus de valeur que les révérences d'une statue qui, mue par un secret ressort, s'inclinerait automatiquement devant son auteur.
Les trois sortes de lois que nous venons d'indiquer sont les seules que rexpérience et la raison nous fassent connaître. Mais il y en a deux autres, avons-nous dit, et celles-là c'est l'autorité de rÉcriture qui nous les fait connaître ^ Il y a premièrement des lois qui donnent aux anges, bons ou mauvais, pouvoir sur les corps, substances inférieures à leur nature. Leurs désirs pratiques sont les causes occasionnelles de ces lois ^. En donnant aux anges cette puissance. Dieu ne change rien dans les lois générales du mouvement, ni même dans celles de l'union de l'esprit avec le corps et avec la raison universelle ^ ; de plus, les anges n'agissent que par l'efficace et en conséquence d'une loi générale *. Il ^ y a deuxièmement les lois par lesquelles Jésus-Christ a reçu la souveraine puissance sur les corps et sur les esprits. Les causes occasionnelles de ces lois, ce sont les mouvements de l'âme sainte de Jésus ^;
1. Entret. métaph., xiii, 9, n« 3. — Traité de la nature et de la grâce, dise. I, part, ii; dise. II.