‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 189 sur 237 · Traité de morale, I, ch. x-xiii · texte numérisé non relu

Traité de morale, I, ch. x-xiii

êtres raisonnables, que c'est là notre honneur, et n'estimons pas des connaissances vaines qui nous détournent de notre véritable fin. Appuyé sur ces principes, Malebranche poursuit à outrance le bel esprit, comme il dit, condamne au feu les poètes, les historiens, les érudits de toute sorte, ou à tout le moins déclare que la perte de tous les écrits de ce genre le laisserait indifférent* ; enfin, il n'a que de la défiance ou de la colère pour l'imagination, « la folle qui se plaît à faire la folle ^ i> , puissance trompeuse et contagieuse, mortelle ennemie de la raison ^. Pascal lui-même n'a rien dit de plus fort contre cette maîtresse d'erreur. Ne demandons pas à Malebranche si l'art trouve grâce à ses yeux. Il n'en parle pas, ce qui prouve qu'il ne l'estime guère ; mais il y a plus, à la manière dont il parle de la beauté littéraire et de la fiction poétique, on peut deviner que l'art, quel qu'il fût, lui paraissait dangereux et même coupable : car l'aimable enchanteur a un étroit commerce avec les sens et avec l'imagination, les excite, et les rend indociles à la voix de la raison.

Voilà donc un premier point établi: il n'y a de connaissances utiles que celles qui se rapportent à la métaphysique, et par elle à la morale et à la re-

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