Krdret, mélaph,^ xiv
5. Manuscrit de Troyes, à Tendroit d*où est tirée aussi la citation suivante. M. Blampignon signale avec raison cette belle page comme une de celles ou la plume du P. André se fait le mieux connaître.
vrages. Dans les égarements de son esprit aliéné, il revenait sans cesse à ses pieuses méditations, ton* jours un peu philosophiques, mais à Jeur ordinaire toujours édifiantes. Le sentiment de ses vives douleurs, au lieu d*exciter des plaintes, ne faisait le plus souvent que lui rappeler les idées qui lui étaient si familières de la structure du corps humain. Tantôt il en comptait tous les ressorts, il en expliquait Tordre, il eh marquait l'usage, en montrant la sa* gesse infinie de celui qui les avait si bien ordonnées. Tantôt il cherchait la cause de son mal par des raisonnements physiques, dont ii n'interrompait la suite et le cours que pour y faire entrer quelque chose du Créateur. Mais la pensée qui l'occupait le plus dans ses délires était celle de la mort et de Tétemité : ces deux grands objets qu'il ^vait tant mé^ dites pendant sa vie se présentaient continuellement devant ses yeux, avec tout ce qu'une bonne conscience y peut trouver de charmant. > Ces détails achèvent le p<»rtrait moral de Malebranche. Et maintenant que l'on considère la belle peinture de Santerre conservée à Juilly, qu'y voit-on apparaître ? L'âme du méditatif, éprise de la beauté intelligible et divine, dédaigneuse de tout le reste.
L'éducation première de Malebrahche n'a pas peu contribué à le rendre tel que nous le connaissons. II n'a pas quitté la maison paternelle : pour
cet enfant maladif et d'une faible constitution, on redoutait la fatigue ; on Toulait c le garantir contre l'agitation et le mouTement de ses égaux. > Il a donc grandi « trayaillant sous un précepteur qui revenait l'enseigner après avoir conduit ses frères en classe ^ , > ' et il a reçu d'une manière spéciale et continue les soins et la direction de sa mère. C'était une femme distinguée, c d'un esprit rare et d'une grande vertu, > parente de cette noble et pieuse madame Acarie, qui, avec le concours du cardinal de BéruUe, introduisit en France les carmélites. Il est facile d'imaginer l'influence qu'une telle mère dut avoir sur un enfant doué comme nous avons vu. Du reste, les témoignages sont positif^, c Elle s'était appliquée particulièrement à le former ; > elle lui inspira de grands sentiments de piété; elle lui donna le goût du sérieux et du solide ; en même temps il reçut d'elle ce qui ne s'apprend pas par règles, mais se gagne par une heureuse contagion, cette distinction sans apprêt, cette exquise politesse d'esprit sans pédantisme, ce je ne sais quoi de noMe, d'aisé, de délicat, qui fait Vhonnête homme^ comme ^n disait au xvii* siècle ; et c'est à elle qu'il fut d'abord redevable, assure-t-ori, de c ce langage brillant et naturel qu'on observe dans ses écrits *. » Ainsi, c'est
1. Remarques fXkt\9.vvQ de Malebranche, recueillies par le conseiller Chauvin.