Traité de morale, I, ch. v, vi et vu
5. « Par l'usage qu'on fait de la force de son esprit, on découvre la
nous tenons en respect les sens et rimagination^ nous échappons à la domination tyrannique du corps, et la raison seule est la maîtresse en nous.
Avec les préjugés que le corps inspire, on peut être entraîné à de monstrueuses erreurs. « Ainsi, quand on se regarde comme le centre de l'univers, tout l'ordre se renverse, toutes les vérités changent de nature. Un flambeau devient plus grand qu'une étoile, un fruit plus estimable que le salut de l'Etat. La terre, que les astronomes regardent comme un point par rapport à l'univers, est l'univers même. Mais cet univers n'est encore qu'un point par rapport à notre être propre. Dans certains moments que le corps parle et que les passions sont émues, on est prêt, si cela se pouvait, à le sacrifier à sa gloire et à ses plaisirs ' . »
Pour résister aux séductions du corps, et pour avoir des idées claires, il faut lutter, lutter beaucoup, et puis savoir suspendre son consentement^ savoir se retenir jusqu'à ce qu'on voie bien clair.
vérité, et par Tusage qu^on fait de la liberté de son esprit^ on s^exempte de Terreur. Gomme l'esprit manquait de force et d'étendue, la liberté lui était nécessaire, afin qu'il pût éviter l'erreur en suspendant son consentement, et que l'auteur de son être ne le fût point de ses désordres. Caria liberté supplée à la faiblesse et à la limitation de l'esprit humain ; et celui qui est assez libre pour suspendre toujours son consentement, quoiqu'il ne puisse pas se délivrer de l'ignorance, mal nécessaire à tout esprit fini, il peut se délivrer de l'erreur et du péché qui rendent l'homme digne de mépris et sujet à la peine. » TraiU d» morale f liv. I, ch. vr, 3.