‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 192 sur 237 · Traité de morale, I^ch. v · texte numérisé non relu

Traité de morale, I^ch. v

456 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VIll.

11 est donc vrai que sans la force d'esprit et sans la liberté d'esprit il n'y a pas moyen de juger sainement des choses ni d'en avoir la science.

Mais il faut considérer dans le détail cette logique dont nous venons d'indiquer l'esprit et les principales règles. 11 faut donc la chercher, non plus dans les divers écrits où elle est répandue, non plus même dans le Traité de morale où elle est comme ramassée, mais bien dans l'ouvrage exprès où elle est développée longuement, je veux dire dans la Recherche de la vérité. Celui qui veut éviter l'erreur et ne porter sur les choses que des jugements vrais, doit lutter contre lui-même : nous venons de le voir. Or, comment combattre avec avantage un ennemi que l'on ne connaît pas ? C'est une nécessité et un devoir de s'étudier soi-même, afin de saisir les causes des faiblesses et des er-r reurs les plus communes de l'esprit. Malebranche entreprend cette étude et soutient cette guerre av-ec un courage et une habileté vraiment admirables. Mettons-nous à sa suite, et considérons-le dans ses démarches variées, dans ses vaillants et brillants combats. Autrement, nous ne pourrions avoir de sa logique une idée complète, et surtout nous risquerions de ne pas apprécier en lui comme il convient le psychologue et le moraliste.

Tantôt par des analyses pénétrantes, tantôt par

des conjectures ingénieuses, tantôt par « des réflexions sur ce qui se passe dans la conversation ordinaire des hommes S ï> il atteint Tâme jusque dans ses plus intimes replis, et il en met à nu toutes les misères. Il fait ainsi de l'âme « une science expérimentale^, > comme il dit, riche en observations précieuses et en remarques dignes d'être recueillies. Puis, comme le corps est étroitement uni à l'esprit, et que les rapports des deux substances entre elles sont nombreux et importants^, le psychologue se fait .physiologiste. Au moment même où « il découvre et sent des choses si délicates et si fines, qu'il est difficile de les représenter et de les faire sentir aux autres*, > il s'engage dans de longues considérations sur les esprits animaux, sur le sang, sur les fibres du cerveau, pensant surprendre dans les modifications de la machine l'explication de ce que sa propre conscience et l'observation assidue des autres lui ont révélé. Mais dans toutes ses recherches, il est toujours en la présence de Dieu. C'est Dieu qu'il trouve dans l'âme même. Dieu qui nous éclaire, Dieu qui nous touche, Dieu qui nous anime. C'est Dieu qu'il trouve dans le corps, puisque les mouvements du corps n'ont pas d'autre cause que la volonté de Dieu. Et tout

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