‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 195 sur 237 · Rech. de la vér.j liv. V, ch. v · texte numérisé non relu

Rech. de la vér.j liv. V, ch. v

sance de la vérité, elle mène et unit à Dieu notre unique maître, notre seule lumière, et en même temps la fin véritable de l'esprit * .

Voilà donc la lutte qu'il faut engager, et le plan de campagne pour ainsi dire, et les avantages que l'on attend de la victoire. Les sens sont les premiers attaqués, avons-nous dit : avec quelle vigueur et quelle verve, c'est ce que je voudrais au moins faire soupçonner en signalant quelques traits. Malebranche nous raille de cette folie par laquelle donnant à l'étendue à peu près les mêmes bornes qu'à notre vue, nous limitons et diminuons sans raison l'idée que nous avons d'un ouvrier infini en mesurant sa puissance et son adresse par notre imagination qui est finie. Mais quoi! rien n'est grand ni petit en soi, mais seulement par proportion à notre corps : qu'on suppose un petit monde de la grosseur d'une balle, où il y aurait un ciel, une terre.

1. « Il y a très-peu de geos (même parmi ceux qui aiment Dieu), qui sachent avec évidence que ce soit s'unir avec Dieu, selon les forces naturelles, que de connaître la vérité ; que ce soit une espèce de possession de Dieu même que de contempler les véritables idées des choses, et que ces vues abstraites de certaines vérités générales et immuables qui règlent toutes les vérités particulières, soient des efforts d'un esprit qui s'attache à Dieu et qui quitte le corps. La métaphysique, les mathématiques pures, et toutes les sciences universelles qui règlent et qui renferment les sciences particulières, comme l'être universel renferme les êtres particuliers, paraissent chimériques presque à tous les hommes, aux gens de bien comme à ceux qui n'ont aucun amour pour Dieu. De sorte que je n'oserais presque dire que Tapplication à ces sciences est l'application de l'esprit à Dieu, la plus pure et la plus parfaite dont on soit naturellement capable. » Rech. de la vér., liv. V, ch. v.

des hommes sur cette terre, avec les mêmes proportions qui sont dans ce grand monde : ces petits hommes regarderont leur petit monde, qui ne serait qu'une balle à notre égard, comme des espaces infinis, à peu près de même que nous jugeons du monde dans lequel nous sommes*. Tous ces jugements que nous portons touchant les figures, le mouvement, la distance, ne peuvent résister, selon Malebranche, à l'analyse minutieuse et savante qu'il en fait : les voilà tous expliqués, c'est-à-dire renversés, et voilà du même coup l'autorité de la vue ruinée, et, puisque la vue est le plus noble et le plus étendu des sens, voilà leur crédit à tous entièrement anéanti *. Qu'on aille maintenant sur de vaines apparences juger que les qualités sensibles appartiennent aux corps! Les sens sont-ils donc capables de nous apprendre quoi que ce soit sur la nature des choses? Quand on s'est donné le spectacle des illusions auxquelles ils nous exposent, on n'a point de peine à juger, malgré leurs suggestions, que les qualités sensibles appartiennent non aux corps, mais à l'âme dont elles sont les modalités; et que ce qui agit sur l'âme, ce ne sont point les objets, lesquels sont impuissants, mais c'est Dieu, Dieu qui seul la modifie. Le tout est donc de ne demander aux sens que ce qu'il est dans leur nature

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