‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 197 sur 237 · Voir plus haut, ch\ vn, p · texte numérisé non relu

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abondance d'esprits et de sang, ce qui est plus ordinaire, ils se repaissent de vaines espérances, et, s'abandonnant à leur imagination féconde en idées, ils bâtissent, comme Ton dit, des châteaux en Espagne avec beaucoup de satisfaction et de joie. Ils sont véhéments dans leurs passions, entêtés dans leurs opinions, toujours pleins et très -satisfaits d'eux-mêmes. Quand ils se mettent dans la tête de passer pour beaux esprits, et qu'ils s'érigent en auteurs (car il y a des auteurs de toute espèce, visionnaires et autres), que d'extravagances, que d'emportements , que de mouvements irréguliers ! Ils n'imitent jamais la nature; tout est affecté, tout est forcé, tout est guindé. Ils ne vont que par bonds, ils ne marchent qu'en cadence ; ce ne sont que figures et qu'hyperboles. Lorsqu'ils se veulent mettre dans la piété, et s'y conduire par leur fantaisie, ils entrent entièrement dans l'esprit juif et pharisien. Ils s'arrêtent d'ordinaire à l'écorce, à des cérémonies extérieures et à de petites pratiques; ils s'en occupent tout entiers. Ils deviennent scrupuleux, timides, superstitieux. Tout est de foi, tout est essentiel chez eux, hormis ce qui est véritablement de foi et ce qui est essentiel; car assez souvent ils négligent ce qu'il y a de plus important dans l'Évangile, la justice, la miséricorde et la foi, leur esprit étant occupé par des devoirs moins essentiels. Mais il y aurait trop de choses à dire. Il suffit, pour

se persuader de leurs défauts et pour en remarquer plusieurs autres, de faire quelque réflexion sur ce qui se passe dans les conversations ordinaires ^ ^ Après un pareil tableau on comprend , ce me semble, combien il est nécessaire de veiller sur l'imagination et de la contenir dans de justes bornes. Si cette puissance si dépendante du corps et si prompte à s'exciter prend de l'empire en nous, c'en est fait de la sagesse et du bon sens. Salie et corrompue par des objets indignes, elle nous rendra incapables de penser à autre chose ^. Très-vivement frappée de ce qui paraît, elle nous fera mépriser ce qui ne paraît pas, nous donnera sur le prix des choses les plus fausses idées, et nous attachera aux objets sensibles par toutes sortes de liens ^. Excitée fortement, elle nous fera croire à la réalité de ses images, et nous engagera si bien dans l'erreur que rien ne pourra nous en détromper. Quelle vive leçon à l'adresse des amateurs imprudents de fausses merveilles, que tout ce chapitre sur les faux sorciers * ! Peu à peu et comme par degrés insensibles, la croyance à la réalité de choses imaginaires s'établit dans l'esprit, s'y enracine, s'y fortifie, si bien qu'à la fin on peut avec la meilleure foi du monde se trouver très- persuadé des plus ridi-

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