Rech. de la vér^, liv. II, part, m, ch. vi
cules impostures. Ce pâtre qui, le soir, à la veillée, raconte à sa femme et à ses enfants, avec une éloquence naturelle et une émotion contagieuse, les merveilles eftrayantes du sabbat, ces auditeurs épouvantés et séduits, à qui le récit a rendu presque présentes ces scènes étranges , pris du désir d'y assister en réalité, sans cesse poursuivis par ces images qui leur causent de l'effroi et les tiennent sous le charme, et enfin devenus sorciers par imagination, quelle peinture! et quel enseignement! L'on ne tombe pas souvent dans des erreurs aussi grossières; mais, sans parler du spiritisme, par exemple, qui a trouvé des adeptes convaincus, combien de circonstances, dans la vie de chaque jour, où l'illusion, pour être plus subtile, n'est pas pour cela sans danger !
Nous abusons des meilleures choses. La présence intime de l'idée de l'être infini nous est une occasion d'erreur : les abstractions déréglées de l'esprit et les chimères de la philosophie ordinaire en sont la preuve ^ Quoique notre raison soit la principale partie de nous-mêmes, il peut arriver que nous nous trompions en la laissant trop agir, parce qu'elle ne peut assez agir sans se lasser, je veux dire qu'elle ne peut assez connaître pour bien juger, et que cependant on veut juger^. C'est ainsi que nous