Ibid.j conclusion des trois premiers livres
supposons très-facilement dans les choses des ressemblances imaginaires. Il nous faudrait beaucoup d'application pour découvrir les difiPérences quand elles ne sont pas très-saillantes ; et d'ailleurs la variété des objets nous fatigue et nous embarrasse : pour juger que mille objets sont différents entre eux, mille idées différentes sont nécessaires; pour juger que ces mille objets sont semblables, une seule idée suffit. La limitation même de notre esprit et notre empressement à juger nous rendent donc bien plus sensibles aux ressemblances qu'aux différences ^ . Remarque judicieuse et féconde, qui signale nettement le péril de l'induction et de l'analogie, et qui montre en même temps dans l'attentive observation des détails le moyen d'arrêter la témérité de l'esprit. Mais ce sont surtout les erreurs de morale causées par cette impatience de juger qui sont représentées vivement. Un Français se rencontre avec un Anglais ou un Italien : cet étranger a ses humeurs particulières; il a de la délicatesse d'esprit, ou, si vous voulez, il est fier et incommode. Voilà notre Français porté à juger que tous les Anglais ou tous les Italiens ont le même caractère d'espril que celui qu'il a fréquenté. Un religieux de quelque ordre commet une faute : voilà tous ceux qui portent le même habit et le même nom condamnés avec lui. Un homme de bien se montre fermç dans ses con-