‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 203 sur 237 · Ibid.f liv. IV, ch. xii · texte numérisé non relu

Ibid.f liv. IV, ch. xii

LA MORALE. 47i

moîgnent des mouvements extraordinaires d'admiration à une personne qui vient de parler en public, .même en présence de ceux avec lesquels ils s'en sont moqués quelque temps auparavant? Toutes les fois qu'on se récrie, qu'on pâlit d'admiration, et comme surpris des choses que l'on entend, ce n'est pas une bonne preuve que celui qui parle dit des merveilles, mais plutôt qu'il parle à des hommes flatteurs, qu'il a des amis ou peut-être des ennemis qui se divertissent de lui. C'est qu'il parle d'une manière engageante, qu'il est riche et puissant; ou, si on le veut, c'est une assez bonne preuve que ce qu'il dit est appuyé sur les notions des sens confuses et obscures, mais fort touchantes et fort agréables, ou qu'il a quelque feu d'imagination, puisque les louanges se donnent à l'amitié, aux richesses, aux dignités, aux vraisemblances, et très-rarement à la vérité *. >

La satire est sanglante. Mais en même temps, comme Malebranche voit bien que l'inclination que nous avons à faire des compliments aux autres a ses avantages, et même sa nécessité dans la société ! Elle sert comme de contre-poids à ce désir secret de grandeur qui, tempéré et modéré, est si avantageux pour le bien public, mais qui, s'il était seul, tendrait à la dissolution de toutes les sociétés.

l. Rech. de la vér., liv. IV, ch. Xiu, 2.

Si chacun disait ouvertement qu'il veut commander et ne jamais obéir, il est visible que tous les corps politiques se détruiraient. Mais ceux qui ont le plus d'esprit et ceux qui sont les plus propres à commander aux autres, sont heureusement portés par une inclination secrète à témoigner aux autres, par leurs manières et par leurs paroles civiles et honnêtes, qu'ils se jugent indignes que l'on pense à eux, et qu'ils croient être les derniers des hommes : cet abaissement imaginaire leur permet de jouir sans envie de cette prééminence qui est nécessaire dans tous les corps. Car, de cette sorte, tous les hommes possèdeht en quelque manière la grandeur qu'ils désirent : les grands la possèdent réellement, et les petits et les faibles ne la possèdent que par imagination, étant persuadés en quelque manière par les compliments des autres qu'on ne les regarde pas pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire pour les derniers d'entre les hommes ^

Les passions nous aveuglent bien souvent. « Lorsque nous aimons quelque personne, nous sommes naturellement portés à croire qu'elle nous aime.... Mais si la haine succède à l'amour, nous ne pouvons croire qu'elle nous veuille du bien ; . . . nous sommes toujours sur nos gardes et dans la défiance, quoiqii'elle ne pense pas à nous ou qu'elle ne pense

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