‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 204 sur 237 · Rech.dela vér,, liv. IV, cli. xni · texte numérisé non relu

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qu'à nous rendre service. » Ce n'est pas tout. « Lorsque nous avons un amour passionné pour quelqu'un, nous jugeons que tout en est aimable» Ses grimaces sont des agréments ; sa difformité n'a rien de choquant ; ses mouvements irréguliers et ses gestes mal composés sont justes, ou pour le moins ils sont naturels. S'il ne parle jamais, c'est qu'il est sage ; s'il parle toujours, c'est qu'il est plein d'esprit ; s'il parle de tout, c'est qu'il est universel ; s'il interrompt les autres sans cesse, c'est qu'il a du feu, de la vivacité, du brillant ; enfin ^ s'il veut toujours primer, c'est qu'il le mérite. Notre passion nous couvre ou nous déguise de cette sorte tous les défauts de nos amis, et au contraire, elle relève avec éclat leurs plus petits avantages*. » Ici on ne peut s'empêcher de penser à la charmante tirade que Molière, traduisant Lucrèce, met dans la bouche d'Eliante au deuxième acte du Misanthrope.

Les passions sont très-habiles à se justifier ellesmêmes. Considérez les plus ridicules : vous verrez qu'elles trouvent toutes sortes d'arguments pour plaider leur cause contre la raison qui prétend les condamner. Parfois « la passion se sent mourir ; mais ne croyez pas qu'elle se repente de sa conduite. Au contraire, elle dispose toutes choses, ou

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