Ibid.y liv. II, part, ii, ch. iv
3. Voyez dans les Entret, métaph,, v, 13, ce passage remarquable: tt La plupart des hommes s'engagent imprudemment dans des études inutiles. Il suffit à tel d'avoir entendu faire l'éloge de la chimie, de l'astronomie, ou de quelque autre science vaine ou peu nécessaire, pour s'y jeter à corps perdu. Celui-ci ne saura pas si l'àme est immortelle ; il serait peut-être bien empêché à vous prouver qu'il y a un Dieu ; et il vous réduira les égalités de l'algèbre les plus composées avec une facilité surprenante. Et celui-là saura toutes les délicatesses de la langue, toutes les règles des grammairiens, qui n'aura jamais médité sur l'ordre de ses devoirs. Quel renversement d'esprit! Qu'une imagination dominante loue d'un air passionné la connaissance des médailles, la poésie des Italiens^ la langue des Arabes et des Perses devant un jeune homme plein d'ardeur pour les sciences, cela suffira pour l'engager aveuglément dans ces sortes d'études (Mâlebranche se souvenait-il en écrivant ceci de ses études de linguistique et d'histoire à l'Oratoire?); il négligera la connaissance de
leçons dans sa jeunesse quand il a été initié à la philosophie scolastique ; il les a retrouvés plus tard dans le monde, il se souvient sans doute de quelque rencontre fâcheuse, quand il les montre faisant perdre la parole à leurs adversaires par leur air fier, impérieux et grave : qui sait s'il n'a pas été lui-même dans le cas de ces personnes spirituelles et judicieuses qui ont quelque peine à manquer de respect et d'estime pour ce que disent les faux savants, tant il est difficile de ne rien donner à l'air et aux manières? Aurait-il eu lui-même à se plaindre d'orgueilleux pédants, semblables à ces hommes fiers et hardis qui en maltraitent d'autres plus forts, mais plus judicieux et plus retenus qu'eux ^ ? Il les poursuit impitoyablement. Ceux-ci suent pour éclaircir des passages- obscurs des philosophes, et même de quelques poëtes de l'antiquité. Ceux-là font des généalogies ridicules d'opinions inutiles, et ces bagatelles excitent entre eux des guerres d'érudition^. On en voit qui connaissent à peine leurs propres parents, et qui peuvent vous prouver que tel citoyen romain était parent de tel empereur. D'autres savent ce qui se passe dans les astres,
l'homme, les règles de la morale, et peut-être oubliera-t-il ce qu'on apprend aux enfants dans leur catéchisme. C'est que l'homme est une machine qui va comme on la pousse. C'est beaucoup plus le hasard que la raison qui le conduit. Tous vivent d'opinion. Tous agissent par imitation, ils se font môme un mérite de suivre ceux qui vont devant, sans savoir où. »