Ibid,, liv. II, part, ii, ch. v
mais ignorent ce qui se passe dans leur pays*. Quelle folie! c 11 y a, dit Malebranche, des personnes destinées par Tordre du prince à observer les astres, contentons-nous de leurs observations. Ils s'appliquent à cet emploi avec raison, car ils s'y appliquent par devoir; c'est leur affaire. Ils s'y appliquent avec succès, car ils y travaillent sans cesse avec art, avec application, et avec toute l'exactitude possible ; rien ne leur manque pour y réussir. Ainsi nous devons être pleinement satisfaits sur une matière qui nous touche si peu, lorsqu'ils nous font part de leurs découvertes^. » C'est parler bien singulièrement d'une des plus belles sciences que le génie de l'homme ait créées : sous prétexte que par la grandeur de son objet, elle éblouit et aveugle l'esprit, la voilà reléguée avec le plus étrange dédain parmi les services publics. Son intérêt scientifique, sa portée religieuse, tout cela est méconnu. Mais passons : nous ne voulons pas ici juger Malebranche. Remarquons seulement que s'il traite si mal l'astronomie, c'est qu'elle ne fait guère selon lui que des savants orgueilleux et téméraires, tout pleins de cette suffisance et de cette pédanterie qu'il ne peut souffrir.
Regardons maintenant ce savant qui, semblable à un cavalier bien monté et bien armé, se sent prêt
1. Rech. de la vér,j liv. IV, ch, vu; et liv. V, ch. vn, vers la fin.